11 Mai
J’ai commencé à courir, comme happée par un souffle nouveau sans regarder où je mettais les pieds, les mains, le coeur.
Le coeur? Il est là pour faire beau. Il décore le reste de mon corps mais je n’arrive pas à le faire repartir. Comme les aiguilles des montres des défunts qui s’accrochent à la dernière seconde, puis qui s’immobilisent.
Il fixe, par intermittence, le spectacle de mon quotidien. Le spectacle de ces larmes matinales, de ces crises nocturnes, de ce silence le soir, de cette brosse à dents solitaire, errante.

Les brosses à dents , c’est le moyen le plus sûr de te rappeler trois fois par jour que tu es seul.

J’ai gardé la sienne dans le placard de la salle de bain. Pas comme si elle allait revenir, mais parce que je me suis séparée de tout et jeter cette relique serait le denier acte.
Je parle toute seule, aux meubles, au chien.
Je dis bonne nuit mon amour comme si rien n’avait bougé. Je me fais penser à ceux qui se refusent à redécorer la chambre de leur fille disparue il y a 5 ans.
Mais il n’y a pas d’écho dans les chambres des Petites Italies Montréalaises.
Alors je me mets à faire mille travaux, ma brosse à dents dans la gueule, pour éviter l’affront du miroir. Alors je m’endors entourant l’ordinateur de mes bras, me réveillant au contact du métal à trois heures du matin. Tous les matins.
Alors je mets de la musique pour que ne résonnent plus les minutes passées assise sur le champ de bataille.
Comme un mémorial sur lequel on pisserait bien, mais où l’on ne fait que pleurer les fleurs que l’on y mettra jamais.
10 Mai

J’ai crié sur les toits de toute la ville. Une ruée vers l’aurore. Mais mon écho reste silencieux. Si tu savais comme je les hais ces blessures qui blessent d’autres que moi.
Si tu savais comme les gifles que je me donne ne sont pas assez dures pour me réanimer.

Mais de la violence on ne perçoit que la douceur. Une caresse à peine insistante, tu sais comme lorsque l’on caresse trop une partie du corps et que ça en devient douloureux.
C’est de cette violence là dont je te parle.

La violence d’un sourire qui te regarde.

La violence d’un regard qui ferme les yeux, juste avant de t’embrasser.

Mais le vide et sa douceur presque insupportable me regardent et me prennent de haut.
Vu la bassesse des jours de mai, c’était plutôt prévisible.

25 Avr

Tu sais ça prend du temps à devenir soi-même
On respire par le coeur à baiser les étoiles
Ça ouvre un peu les veines, ça ouvre un peu les vannes
D’avoir perdu les quais en plein coeur de l’ automne
Les feuilles dans la gueule déshabillent la ville
La bière n’est pas belle, la vodka n’est pas bonne.
C’est tout un strip poker mais tu as les mains vides.

Son visage distancé au fond d’une Atlantique
Tu ramasses le temps, il n’y a plus de fleurs
Tu penses au goût amer de toute cette Amérique
L’hiver te fout du blanc quand tu rêves en couleurs.

Et les bars du plateau ne changent rien au mépris
Quand la marée descend bribes d’étoiles dans ton lit
Colmater les comètes avec de l’ecstasy.
Finir toute la bouteille, en faire un télescope
Chialer au fond du ciel et s’allumer une clope.

7 Avr

Tu as déjà vu ça toi, ceux qui courent sous la flotte pour aller chercher, reconquérir. Ils frappent à ta porte, le coeur comme du napalm. Leur regard. Leur regard qui te dit qu’ils sont prêts à tout pour ne plus manquer d’air loin de toi.

Ceux qui attendent, des heures planqués dans une voiture pour te regarder passer, mais qui ne diront rien parce qu’ils ont peur. Et qui finalement, une fois que tu auras tourné au coin de cette rue claqueront la porte, la gueule à cette abstinence sémantique.
Ils jouent le tout pour le tout, car tu es tout.
Tu as raison, cela doit être étrange d’être ça pour quelqu’un. Bon, enivrant, assurant, déroutant, bandant, addictif.
Mieux que la coke, des lignes de destin alignées devant toi.
Défoncé à la joie de vivre, aux sentiments, aux «ne t’inquiètes plus».
Ne t’inquiètes plus.
Ne t’inquiètes plus.
La porte s’ouvre sur l’horizon. Entre l’or et la prison.
4 Avr

La cage dorée de cette solitude, le principe infernal selon lequel nous devons être heureux. Manger sain quand ils ne nous sauvent de rien, les saints. J’ai pas tellement la gueule des évangiles, juste un peu la mâchoire fragile.
Je ne souris plus que pour faire semblant que je ne suis pas ailleurs. Je souris pour qu’on me laisse tranquille.

Colombine s’est tirée, haïssant mon corps, mon être et mon identitée. Plus qu’une armée. Moins que rien, de toute évidence, rien de moins.

C’est pas pour le prix de ma gueule abordable de martyr.
C’est pas pour le ras de marré qui ne m’ébranle même plus.

«Éloigne toi du monstre, et ne lui laisse rien. Il t’a ôté la vie tu ne lui dois plus rien.»

La bête comme ses pieds regarde encore par terre, la belle a pris la mer. La balle à pris ma terre. C’est le matriarcal, bien pire qu’un art martial. Mais merde les monstres aussi ça pouvait avoir mal.
J’ai pas la carrure d’une belle fille, j’ai pas de genre, bonne à tous me les faire.
Le familial embryonné tricote en triturant. Je ne fais pas le tri, je m’accote, j’écris en raturant. 

Laisse donc passer le temps, le temps de te le repasser en mémoire. Ressasser. Tu sais. C’est cadenacé. C’est menaçant.

Mais bon, même en mer on prend le large.
Tant qu’à passer pour un connard autant que ce soit en faisant de l’art.

 

3 Avr

Vous avez déjà remarqué comme votre perception change en fonction de votre propre situation émotionnelle?

Les livres, les films, les photos des amis qui défilent dans l’écran. Le bonheur des autres, feint ou non, s’invite jusque dans nos poches. On les envie, on les déteste, on se pense plus heureux qu’ils ne le sont. Cela dépend de la situation dans laquelle nous sommes. Une chose est sûre, quelle que soit la situation : quand je me compare, je me fissure.

On les envie. Parce que nous aussi nous voulons goûter à ce bien-être, cette quiétude. Apaisement. Le mot porte si bien son nom qu’à peine lu ou prononcé il déverse sa douceur d’une manière presque cathartique. Répétez le mot «apaisement», écoutez le son si bien balancé et ces syllabes douces et rassurantes.
On a convoité d’être regardé de la manière dont certains ou certaines sont regardés. On a envié les yeux fermés de cette fille qui semble être tombée dans une marée d’apaisement. Ils sentent bon, même en photographie. Le parfum de l’amour, on le dévore lorsque l’on est confronté à ce que l’on a pas et ce pour quoi on serait prêt à tout sacrifier.

On les déteste avec leur sourire blanc, leur beauté, et la béatitudes qui les enserrent. Ils puent l’assouplissant. On se murmure que cela ne dure pas, que ce ne sont que des images. Après tout, s’ils étaient si heureux que ça, pourquoi ont ils ressenti ce besoin de poster l’image, en quête de l’approbation populaire?

On se pense plus heureux qu’ils ne le sont. Nous, nous vivons l’amour le vrai, nous avons des photos où nous respirons la quiétude.
On ne les regarde presque pas d’ailleurs dans ces moments-là ces photographies, pas plus que l’on remarque les couples qui s’agitent à côté de nous dans la rue, dans le métro ou à la télévision.

27 Mar

Toi la bouche de bistro.
T’as vu comment le ciel est lourd dans cette insignifiance meurtrie. Blessé par les passé, biaisé par le présent. Je les écoute parler. L’incontinence des rivières. Des pierres au Rhin.
J’ai mal à mes étreintes.
Leur poésie trop lapidaire qui cherche la métaphore, filée pour mieux nous enfiler. Moi je l’emmerde cette prose rythmée trop belle, trop sage et un peu trop guindée. Ils ajustent des mots comme des porcelaines. L’harmonie de la salle à manger. L’armée de bibelots qu’on montre à ses voisins. Poésie bourgeoise. Illettrisme ou pire, vice des plus lettrés. Ils nous foutent de l’or sur les mots échancrés. Ils dénaturent le beau par du préfabriqué.
Toi la bouche de bistro. Toi, la gueule du maestro.
Je t’embrasse vilement, je caresse tes cuisses. La prose dans les bars, les rides solitude ont bien plus de charme que toutes leurs interludes.

21 Mar

Tu es sortie de chez toi. Je suis resté dans la voiture, je t’ai regardé passé comme Musset regarde cette femme. Capricieuse Marianne. Prison à 8 points de côtés.
Je te regardais t’enfuir. Me fuir. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas bougé. Ils ont tous dit que cet imbécile était le dernier des connards. Tu as fermé les yeux.
Ce connard fissuré n’a jamais démarré. Ma voiture est restée devant chez toi.
Tu n’es jamais revenue.
J’ai fini ma vie à pieds.
Tu veux que je saute les nuages? J’irai baiser des sabliers.

21 Mar

Les boréales des bars du coin, n’ont des aurores que le parfum.

22 Fév

On se désire
on se déchire
on s’fait du mal
on s’idéale
on se retient
on se retire
on se souvient
on se soupir
on s’imagine
on se dessine
on se devine
on se divine

on se ruisselle
des choses belles
on se promène au bord de seine

on se dit tout
on dit tout bas
pour que l’amour n’entende pas

on se murmure
on se blessure
on s’écorchure
on s’aventure
on dit qu’on n »aimera plus jamais
pis on retombe sur un coeur
sur l’amour sur le bout d’un quai
on se promène au vent mauvais
amour mouillé
dans les métros
pour un sanglot,
un mot de trop
on fait des scènes, des opéras
en pas de danse, en pas de chat
on s’univers, on fait des terres
on se caline on s’orpheline
on se mari, on se finit
on s’infinit

on se méprend, on se méprise
elle est contente, elle est conquise
coule la seine, on se promène
aux amours veines, et on s’invente
on prend des bateaux au matin
qu’on sait qu’on ne prendra jamais
on s’y noie, on s’y croit
on s’aperçoit, on se combat
on s’enchaine, on s’enchante
on se déchaine, on se déchante
on s’enfuit, on se suit
on mots d’amours, pis on maudit
on se consomme, on se consume
on se délaisse, on se promène
on se concède, on se possède
on se fête, on se défaite

on s’entête, on s’ennuie
on se défend, on se détruit
on s’empire, et sans le dire
on se navire, on se chavire
on s’échoue, on se cloue
on se naufrage, on se rivage
on s’emmêle, on se dit qu’on s’aime
qu’est ce que t’es belle aux bords de seine!

amour noyé dans les métros
pour un sanglot, un mot de trop
on fait des scènes, des opéras
en pas de danse, en pas de chat
on s’univers, on fait des terres
on se caline on s’orpheline
on se mari, on se fini
on s’infini

tu partiras, je reviendrai
tu pleureras moi j’en rirai
tu tomberas, sûr, dans les bras
un jour, oui, d’un autre que moi
tu lui diras c’qu’on s’est dit
et puis qu’on s’était rien promis
vouloir larguer, oui les amours
avant de vous larguer tout court !

tu reviendras un jour de pluie
pour trouver mouchoir à tes yeux
car c’est toujours un jour de pluie
que reviennent les amoureux
on se retrouvera au hasard
d’un désespoir d’un quai de gare
nous parlerons de ce qui fait pleurer les hommes !!

tu diras que tu ne m’aimes plus
je te dirai bien entendu
puis tu diras qu’tu m’aimes encore
que tu t’étais trompée de port
nous refermerons nos blessures
nos horizons seront sans murs
et comme deux oiseaux de passage
nous retrouverons le rivage

on se refera quai de seine
on se redira oui qu’on s’aime
on sera comme au premier jour
tu seras mon premier amour noyé
quai des métros
nous les prendrons oui ses bateaux
et tu verras les chrysanthèmes
auront le parfum des je t’aime

mon amour quand tu reviendras
je porterai à bout de bras
le monde à tes doigts j’offrirai
des chansons qui auront ton nom
tes yeux seront plus jamais tristes
et si j’en dois devenir christ
c’est pour que toi, toi mon amour
toi tu sois dieu !!

c’est beau l’amour
quand on est amoureux
c’est beau l’amour
quand tu es dans les yeux
de ceux la qui s’aiment
autant que moi je t’aime
c’est beau l’amour
et moi je t’aime…