17 Jan

Et je courais, contre le temps, contre les autres, contre moi-même. À vouloir devenir tout ce que je ne serais jamais. Je voulais te baiser les yeux juste parce que c’était moi.
Que ça s’impose, que tu en ai le souffle coupé. Je voulais devenir tes obsessions, tes pensées de deux heures du matin, le visage que tu vois en fermant les yeux, le prénom que tu répètes sans raison au cours de ta journée.
Que la résonance même des voyelles et des consonnes, parfaitement ajustées te fasse tourner la tête. Je voulais être le miracle, l’insolente réalité qui s’agrippe à toi, l’impossible enfin atteint, le point final et accaparant, la ponctuation légèrement lascive.
Les silences en écho aux battements de mon égo sur ta peau.

14 Jan

– Le quotidien me fait peur
– Pourquoi?
– Regarde-le comme il nous tend les bras, comme il nous attend. Je n’ai jamais rien vu d’aussi concret, fataliste et rassurant. Tu vas me dire qu’être rassuré, c’est ce vers quoi nous tendons tous, et je ne te contredirais pas. Mais regarde-le encore une fois, il nous avale dans sa définition pré mâchée. Dans son envergure.
Le quotidien, je voudrais qu’il soit surprenant, imbécile heureux, qu’il éclate de rire, qu’il me regarde comme si j’étais la chose dont il ne pourrait se passer pour exister.
Le quotidien devra être à la fois vil, facile, différent pour que je cesse de lui barrer la route.
– Tu demandes à tout ce qui t’entoure de faire le travail pour toi, aux autres de t’aimer comme tu penses le mériter.
– Je reproche à l’hiver de ne pas être assez brulant, au sexe d’être trop conventionnel, aux baisers de fins de journées de rester en surface, aux bonne nuit mon amour d’être trop mécaniques, à l’air que je respire de n’être pas saturé.
– Et à moi, qu’est-ce que tu me reproches?
– De me laisser trop parler.

 

13 Jan

– Qu’est-ce que tu fais?

– Je dévisage tes cuisses comme on regarde un Rodin. On y voit déjà le mouvement, la pureté, le travail des mains sur la surface blanche. Les statues à genoux. Les artistes contemplatifs, maîtres absolus.
J’ai passé ma vie à me demander si je faisais les choses de la bonne manière.

– Et?

–  Et ce ne fut jamais le cas. Les gens partent ou nous finissons par nous lasser. Nous ne sommes jamais assez bien, nos erreurs planent au dessus de nous même, fatalistes.
Alors avec toi je ne ferai pas semblant. Regarde-moi comme on regarde la vérité en face.
Regarde-moi avec dégoût, envie, tendresse, amour, compassion, rage, colère, nostalgie, envie.
J’ai trop bu, pas assez baisé, et je n’ai plus rien à perdre.

10 Jan

On veut faire se taire les vacarmes de nos plaies d’enfances. Mais elles s’ancrent dans nos regard. J’ai beau fermer les yeux, j’ai les larmes avalées. J’ai essayé mais tu comprends, non tu ne comprends pas. J’ai besoin que tu me serres contre toi. Me percutes essoufflée. Me renverses sans en renverser. Ne rien laisser au vide. Ne rien laisser aux autres. De notre enfer Sartrien je veux que tu sois les murs, les tables, les autres. Il faut que tu sois tout, ou tu ne seras rien.

5 Jan

Je n’apprends pas du monde ce qu’il y a dans les livres.
J’avais l’esprit des pages qui racontent comment, des amours invincibles les regards restent purs.
J’ai les yeux d’aquarelle, buvards qui n’avalent plus.
Je ne crois plus en rien que je n’aurais pas bu.
Avancent les yeux bandés qui ne prennent plus plaisir
L’horizon démasqué qui s’agrippe à la gorge
J’avale pour déglutir, je bois pour oublier
C’est dégueulasse je sais c’est dénué d’avenir
Qu’est-ce que tu veux y faire, il faut que ça m’enivre
La poésie m’emmerde quand c’est pour te survivre.

3 Jan

À ne pas t’embrasser.
La salive me monte aux yeux.

21 Déc

J’ai pris le temps de regarder toi et ton regard rassurant, protecteur, imbibé du reste des crises que je te fais à tous les soirs, parce que j’ai peur.
Parce que ce je suis terrifiée du monde qui nous entoure, des autres, de l’absence de patience, de pardon, de sourires.
Des autres corps, plus beaux, plus étendus, moins littéraires, plus terre  à terre.
Ils semblent beaux dans leurs costumes, dans leurs sourires. Ils n’hurlent pas, immobiles, vierges aux visages cirés.
Moi et ma bière et mon regard brisé.
Et j’ai senti progressivement toute ma fragilité s’effondrer entre tes bras. Je me suis senti déglutir comme on avale des pierres, des caps, que dis-je des péninsules.

20 Déc

On regarde les vieilles photographies inhabitées. Avec fracas, on pose son doigt sur le papier à peine maltraité par le temps.
Mais on ne pleure pas. Pas devant toi. L’hiver  nous met d’un seul coup à nu.
On crève de froid et de tristesse en retournant les photos pour que tu ne regardes pas.
On a encore la pudeur d’avoir mal après deux ans.
On voudrait pas qu’on nous dise qu’il est temps d’arrêter.
Alors on écoute cette matinée Einaudienne qui n’en finit pas de te ramener à la vie.

14 Déc

Fils des regards perdus, fils perdus du regard
J’ai les yeux qui se gorgent à ne savoir qu’en faire
De la pluie pour noyer cette ère d’indifférence.
Ces jours de condamnés
La fin des insouciances.
Et ça donne son avis et ça condamne l’horreur
Dans l’immobilité sereine la mort au kilomètre
Avale ta culture tes corps sur le pavé
Pour les regards perdus les chants désespérés.

Les acronymes n’aident plus les nations désunies.
On laisse creuser les tombes, des morceaux de trottoir
Pourquoi vous enterrer, il n’y a plus rien à voir.
La trêve est une putain, la syphilis au bras
Qui te prend par la main
Qui te prend par la joie.

Allez sois pas trop triste Occidental meurtri,
Dis-toi que ton pays et que toute sa nation
Aimeront enfin le voile, opaque et déshumain
Qu’on va foutre dessus. «Ça ira mieux demain»

14 Déc

Ma voix est un écho creusé dans un écho.
Je ne sais pas m’aimer, c’est bien pas là que j’aurais dû commencer.
Je dilapide tous mes regards pour l’horizon. L’horizon, à bord d’un bateau, il ne te déçoit jamais.
Tu me gifleras. Je ne me laisserai pas faire.
Je me débattrai dans ce trop peu de réalité.
Toi qui es parfait. Toi l’autre qui irradie de tant de blancheur.
Toi tu t’en fous, toi tu as le nombril sur le cœur et tu ne vois que ça.
Je te regarde droit dans les yeux. Je ne suis pas moins bien que toi.
Ça te fou des échardes sur ton air ébahi. Je suis quelqu’un de bien.
De bien gentil, de bien-pensant.
– De bien con.
Tu me voles les mots de la bouche.
Tu as tous les droits.
Je suis gauche quoi qu’il en soit.

Ces proverbes que tu gangrènes à leur paroxysme.

– Tu me fais vivre un enfer
– Ne me reproche pas d’être malentendante
– Je te souhaite de finir seule à terre.
– Oeil pour œil, dent pour Dante.