21 Juil

Je n’ai plus rien à perdre, et telle que tu me vois, je ne donnerai pas cher de ta peau. Parce que c’est paradoxalement lorsque l’on n’a rien à perdre que nous devenons irrémédiablement capables de tout.
Tu finiras par me suivre chez moi le premier soir.
Pas parce que je le veux, mais parce que tu en auras envie. Aller se noyer dans les bras que quelqu’un qui n’a plus rien, c’est comme se prendre de l’oxygène pur. Dépaysant.
J’aurais trop bu comme c’est le cas depuis une éternité, chaque soir. Tu finiras par faire tout ce que je te demande, sans poser de questions.
Mes yeux fixent le vide, écoutent certainement la musique ambiante. Tout est tellement vide au fond de moi que forcément cela résonne plus que chez les autres.
J’allume une cigarette, inspire l’immensité de l’imperfection d’une telle situation.
Je te regarderai, longuement de ces regards qui veulent dire que quelque chose va se passer. Mais pas comme tu l’entends.
Je ferai gicler la violence, la perdition, l’agonie. Tu crieras. Je me tairai.
Dans un silence religieux, je profanerai tout ce qu’il y a en toi, sans jamais fermer les yeux.
Ta stature un peu ébranlée me regardera longuement, mais nous ne dirons rien. Il n’y a rien à dire.
Je reprendrai mon verre. Mon visage n’aura pas changé. Je me replongerai dans la  musique expirant le sacré, pris à même ta peau brulante, encore endolorie, à peine en rémission.
Tu vois, je ne suis pas une fille facile.

21 Juil

L’amour est une fugue.
Une fois l’adrénaline de s’enfuir passée et les premiers jours à jouir du rivage, on se demande comment on en est arrivé là.
Et on voudrait rentrer.

21 Juil

J’ai peur. Tu doutes.
Le frein de l’humanité. Comme si nous avions 1000 vies à passer ensemble.
On prend notre temps. On se dit que même la vie nous attendra, et, au fond, on sait qu’elle ne peut pas courir plus vite que nous.
Je tourne la tête, mais je ne te vois pas.
Pigmentée sous, sur, dedans, dehors de la rétine, le souvenir de ton rire. De ton sourire. De nos « pour le meilleur et pour le pire ».
Commencer par le pire est la meilleure idée que nous ayons eue. Commencer par la fin.
Cela ne fait pas moins mal, nous le savions déjà.
Terre promise, je fais glisser deux pierres entre mes doigts.
Des ricochets sur nos vies.
Des sauts dans le vide qui s’acharnent.
Te regarder et avoir l’impression de voler le monde au monde, d’écarter les parenthèses à mains nues : architectural.
Mais tomber au seuil de ta vie…
C’est cambrioler avec impertinence le moindre de tes gestes sans que tu t’en aperçoives.
C’est comme se vautrer dans un parterre aux jardins du Luxembourg à Montréal en février.
Inouï(t)

18 Juil

Rythme ternaire (ou trentenaire)

– De toutes façons on s’en souviendra pas
– Pourquoi?
– Parce que cela ne sera jamais un souvenir.

15 Juil

La barbarie de Damocles.
Courons mon amour, partons demain chercher refuge dans les bras l’un de l’autre.
Je veux que tu me renverses.
Je veux que tu me sautes à la gueule.
Je veux que tu me tires dessus.
Pour les faire taire.
Pour que nous, les imbéciles amoureux, nous puissions nous battre.
En un seul cœur.
Dans une seule rage d’aimer.
D’aimer comme on sait le faire.
Respirant en apnée
Dans notre démesure.
Mon amour, je suis prêt
Mon amour, je suis sûr

13 Juil

Je n’ai pas voulu te regarder. Mais tu retentissais au fin fond de mes yeux fermés. Ça explosait comme les lumières des vieux appareils photo.
Il fallait que ça gicle, que ça se brise pour immortaliser le souvenir.
Il fallait que ça te pète à la gueule.
Il paraît que l’on n’a rien sans rien. Et que les cicatrices ne sont que des interstices dissimulées.
J’ai des plaies parce que tu me plais.
Le souvenir d’une photo déchirante. Le son du bois qui incise le vieux port dans toute sa longueur.
C’était écrit sur le panneau : Pas de vagues.
Alors on a fait un raz de marée.

4 Juil

Tu peux agiter des poings autant que tu veux  les moulins ne brassent que du vent.
Tu te bats contre toi-même.
La gueule cassée. La brise t’a brisée. La bise t’a baisé.
Allez saute.
Va voir la mer pour te marrer.

28 Juin

C’est dans un prisme arbitraire. Quelque chose que tu ne contrôles pas. Tu as les deux mains sur le volant, et, comme quand tu étais jeune sur les jeux d’arcades, il t’a fallu un moment pour comprendre que tant que tu ne paies pas, tu ne joues pas.
Insert coins, c’est pour dire « parce que l’on a rien sans rien ».
Insert coïts
C’est juste parce que l’on ne croit plus en rien.

27 Juin

Moi aussi j’y ai pensé.
Nous aurions déjeuné, très tôt, quelque part près de chez moi. Nos deux cafés qui ne savent plus où se foutre parce que nous prenons toute la place. Tu m’aurais regardée et nous aurions eu cet instant qui arrive quelquefois, lorsque deux personnes lisent exactement entre les lignes la même symphonie alors qu’elles n’ont jamais appris le solfège. Ça ne s’explique pas.
Nous aurions couru un peu plus vite en haut du Mont-Royal, comme pour essayer de justifier ce cœur qui bat un peu trop vite.
Nous aurions hésité à chuter.
Comme deux murs de Berlin qui se regardent depuis des années sans s’effondrer.
Je t’aurais fait entrer chez moi. Chez moi c’est toute la ville lorsque tu es là.
C’est pour que tu te sentes chez toi.
Et je suis fou. Fou à lier. Non, fou lié à ton existence.
Emmurée berlinoise. Je prononce ton prénom en te regardant.
Comme si je te possédais.
Te disant, entre les lignes :
Ich bin ein Berliner autant que tu voudras.
Lorsque tu chuteras, ce sera contre moi.

27 Juin

Il y a un an, cet appartement ressemblait à la promesse d’un avenir surpeuplé de nos éclats de cœur. Le verre de vin posé sur la terrasse, les murs vides, le plancher vierge de nos cent pas, de nos corps, de notre soif de vivre ensemble.
Il y a une heure, c’était il y a un an. J’ai ouvert les yeux. Cet appartement ressemble à la promesse d’un dictateur, surpeuplé de mes éclats de larmes. La bouteille de bière posée sur le plancher, les murs troués d’anciennes étagères. Des murs blessés. Le plancher violé de mes cent pas, de mon corps, de ma soif de le quitter sans me retourner.

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