28 Juil

Je prends une grande inspiration. Demain, demain. Demain il y a des traces de ta venue passée, des traces de doigts sur mes poignets, des feuilles dans tous les non-sens. Il y a ton cul posé sur le canapé qui ne regarde que moi. Les cris des gosses que nous n’aurons jamais. Les fleurs que tu m’aurais offertes. La photo de famille dans un cadre avec encore en dessous la photo de démonstration. Nous sommes plus beaux que la photo d’en dessous, c’est une satisfaction personnelle étrange, mais présente.
Les restes de cette bouteille de vin que nous n’arrivons plus à finir, les rires étouffés dans les draps. Tristan court après le chien. Tu veux du thé?
J’ai mal au bide.
Je retourne le vinyle pour encore, entendre Mile Davis fendre l’air avec son ascenseur, son échafaud. La cigarette fume seule sur la terrasse de la maison. Je dis la maison comme si nous avions un toit qui était le nôtre. Une sorte de paire de bras de béton pour consolider les couples. Pour dire «demain je serai encore là».
Il y a sûrement les fêtes de famille où nous avons le sentiment d’être complets. Les rires de ton père et la main de ta tante qui prend la mienne. C’est fou comme on s’attache à une famille qui n’est pas la nôtre, qui le devient et qui demain, peut devenir inconnue.
Pourquoi s’attacher si c’est pour être giflé de l’indifférence générale. Les Belles familles n’imaginent pas les plaies béantes qu’elles laissent macérer dans leur propre écho.
Il y a le sapin trop petit, les cadeaux mal emballés. Le petit caché derrière les autres que j’attends que tu ouvres depuis l’éternité.
Les hommes et leur whisky, les femmes et leur jeu de carte.
Il y a toi.
Ou peut-être est-ce moi.
Il y a ta main, sur ma joue, tes bras qui me serrent quand j’ai l’air de perdre pieds. Il y a ton envie de lire mon dernier livre. Je l’ai lu sur le canapé pendant que tu nous servais du thé. Tu as renversé le thé. J’ai arrêté de lire. Tu m’as demandé de continuer, laissant la flaque savoureuse sur le sol de la maison. J’ai souri.
Demain.

27 Juil

J’avais les mains moites, possédées d’un liquide oscillant entre les larmes de joie et la panique de l’instant. Je tenais sa main, je serrais la peau avec conviction.
Lorsque l’on a plus rien à perdre on prend toujours les choses à pleine main, on se fout de la moiteur, des ongles dévastés par le stress, des bagues pleines de restes de savon.
On se sent parfait comme dans un nouveau vêtement. Je suis la plus belle. Je suis parfaite, creusée dans mes imperfections, gravée dans ses yeux qui se tournent vers moi.
– Alors, qu’est-ce qu’on fait? Les amours récidivistes sont-ils comme ces prisonniers qui finissent par retourner derrière les barreaux?
–  Je ne sais pas.
Je déglutissais les paroles trop sentimentales, les «mon amour» qui suintaient de mon regard à peine rassasié de sa venue. Mes phrases lapidaires comme pour égratigner la profondeur d’un sentiment dans lequel nous nous sommes noyées trop de fois.
J’avais envie de lui offrir des roses autant que de la baiser sur le carrelage de l’appartement.
Les amours récidivistes… J’aimais ce nom qu’elle nous avait choisi, il prenait des allures de mauvais garçon, de risque, d’exaltation et de rédemption.

14 Juil

Une vague impression de déjà-vu. Sans toi, il ne reste qu’une fête nationale d’un pays que je ne reconnais plus.
Ils ne te célèbrent plus, c’est moi qui le fait.
Te souviens-tu de ce soir de juillet, allongées sur le capot de ta voiture.
Nous étions toi et moi sur le rebord de la route à regarder le ciel exploser de palettes colorées.
Le ciel éructait pour toi, et moi, les doigts pris dans tes mains familières je contemplais la fête nationale comme une bénédiction que jamais je n’oublierai.
Je ne mettrai pas de fleurs sur ta tombe, j’irai manger des cerises.
Je ne mettrai pas de larmes sur cette journée où tout ce qui explose, ce sont mes souvenirs.
J’irai engager la discussion avec n’importe qui pour y chercher le gout de ton altruisme, la douceur de tes paroles et la bienveillance de ton existence.
Faire des feux un incendie monochrome.

12 Juil

Tu as pris les devants en entravant mes arrière-goût trop sentimentaux.
Je suis de celles qui s’acharnent à vouloir goûter l’exception qui confirme la règle, qui croient toujours que les élans du coeur sont des passions souveraines.
Au détour d’un regard différent, une vision d’apoplexie.
C’est plus fort que moi, c’est plus fort que toi qui ne le sais pas.

Si tu ne me cloues pas au sol, comment avaler ce corps, comment boire ce vin, comment faire de toi une religion?

La Bible m’emmerde quand elle ne sert qu’à caler les chaises d’un avenir incertain.
Dans mes pamphlets contre l’univers et l’amour redoutable de ceux qui n’ont rien à donner, pas d’évangiles. Pas de places pour sept, on est pas à la télévision quand même.
Tu veux un livre? Viens le faire naître entre mes doigts.
Athéisme avant-gardiste, quelque peu nostalgique des Poly, des Mono, des BDSM ( Bigots Démesurés Soumis au Miracle) je te le dis : je ne crois en rien de ce que je n’aurai pas vécu.

7 Juil

J’avais sûrement mis la table de la manière dont tu l’aimais. Couverte des fleurs que tu porte à ton visage comme pour t’imprégner de leur parfum. Interpréter une histoire. Je ne me lassais pas de regarder toute ta stature inspirer près des bouquets de lilas, de tulipe et de muguet.
Il y avait dans notre regard quelque chose d’apaisé, de certain. L’empreinte des photographies Pinterest, les couleurs pastels des tapis que tu as choisi, la disposition des coupes de vin.
La stature qu’envient ceux qui ne sont pas capable de subir les affres du temps. De serrer les poings à deux pour former le cheval de Troies le plus insaisissable, merveilleux et haletant.
Crevant les Oedipes mal placés.

Les vérités, les attentes

7 Juil

26 Juin

Ceux dont on ne peut jamais se défaire.  Ces idéaux manqués qui marquent. Tu sais de quoi je parle. Tu peux te prendre les pieds dans tous les corps, tenter immanquablement de construire des monuments, des arcs de triomphe témoins de tes évolutions, si tu croises son regard tu y mettras des bombes toi-même pour tout faire sauter.

Je te parle des amants-aimants. Ils s’aiment, s’attirent mais peuvent aussi se rejeter avec une telle force.
L’ombre des autres, tu ne la vois même plus. Il ne faudra pas s’aimer car s’aimer en vrai, c’est se détruire. Il faudra faire semblant de prétendre la légèreté pour que rien ne pèse sur les coeurs. C’est bien ainsi, tu te le dis.
En France, ils diraient que c’est écoeurant cette histoire.
Au Québec, on dirait que c’est écoeurant cette histoire.
De tous les sens qu’on lui donne, à toi de choisir ta patrie.
Mais de toi à moi, même l’âme en peine, l’amant en vaut toujours la peine.

Entracte percutante

20 Juin

19 Juin

Les jours semblent ne plus avoir de prénom, asexués, sans identité. Leur rassemblement me fait de plus en plus penser à une manifestation bon marché contre la construction d’un aéroport pour protéger un écosystème mort depuis longtemps.

Il pleut ici, comme Barbara l’a chanté à Nantes, mais aussi à Montréal.

Montréal sonne comme un affront à ses plus belles promesses.
Il est tard ici déjà. Il est tard depuis l’éternité et je n’ai plus soif d’autre chose que du vide des fin de semaines. Que des verres entassés qui sont là pour me rappeler que tous ces visages qui épousent ma capitale ne m’arracheront pas un regard.

Je fixe le vide en vous imaginant le remplir et faire du quotidien quelque chose qui vaille enfin que je lève les yeux. Le sol avale la pluie comme il peut, recouvrant mes souliers comme pour essayer de me fixer au sol. Mais les rêveurs ne touchent jamais le sol, il n’y a qu’à me regarder pour le voir.

Suspendu à vos lèvres inexistantes, à vos paroles silencieuses.
Suspendu pour les prendre tous de haut.

Car il n’y a que devant votre regard que je ne baisserai pas les yeux.
Nous avons assez perdu de temps par ma seule faute.

Je vous aime. Je vous pense chaque seconde.
Et entre ces mêmes secondes, j’ai encore de la place pour rêver de vous embrasser à nouveau.

19 Juin

Le temps s’est arrêté.

Ivre de ce face à face avec mes plus belles erreurs.
Votre visage saisi le moindre de mes pas, je marche à contre temps d’une année sans saveur. Les parfums boisés salés prennent les doigts incertains.
Je fume trop mon amour. Mais c’est pour que ma main tienne autre chose que la votre. C’est une béquille. Je prend l’eau mais pas la mer.
Sur le quai, des murs Berlinois. La guerre est froide et j’ai des Mariannes plein les poches. J’abats les murs, attendant de remonter le temps. La paix.

De la blancheur, des spasmes d’existence, un ailleurs demain pour prendre l’eau.
Ma résidence, c’est vous.
Et chaque coin de rue se mure dans un silence. Des rues aux accents de l’italien des bords de lac, aux relents du vide qui y résonne depuis des mois.
Le bout du monde, pour s’y jeter. Dans vos bras ou de la falaise. Pourvu que votre visage soit celui que je vois en ouvrant ou en fermant les yeux.

Je suis à vous. Je reste à vous. Je ne m’oublie que près de vous pour enfin me retrouver.