22 Fév

On se désire
on se déchire
on s’fait du mal
on s’idéale
on se retient
on se retire
on se souvient
on se soupir
on s’imagine
on se dessine
on se devine
on se divine

on se ruisselle
des choses belles
on se promène au bord de seine

on se dit tout
on dit tout bas
pour que l’amour n’entende pas

on se murmure
on se blessure
on s’écorchure
on s’aventure
on dit qu’on n »aimera plus jamais
pis on retombe sur un coeur
sur l’amour sur le bout d’un quai
on se promène au vent mauvais
amour mouillé
dans les métros
pour un sanglot,
un mot de trop
on fait des scènes, des opéras
en pas de danse, en pas de chat
on s’univers, on fait des terres
on se caline on s’orpheline
on se mari, on se finit
on s’infinit

on se méprend, on se méprise
elle est contente, elle est conquise
coule la seine, on se promène
aux amours veines, et on s’invente
on prend des bateaux au matin
qu’on sait qu’on ne prendra jamais
on s’y noie, on s’y croit
on s’aperçoit, on se combat
on s’enchaine, on s’enchante
on se déchaine, on se déchante
on s’enfuit, on se suit
on mots d’amours, pis on maudit
on se consomme, on se consume
on se délaisse, on se promène
on se concède, on se possède
on se fête, on se défaite

on s’entête, on s’ennuie
on se défend, on se détruit
on s’empire, et sans le dire
on se navire, on se chavire
on s’échoue, on se cloue
on se naufrage, on se rivage
on s’emmêle, on se dit qu’on s’aime
qu’est ce que t’es belle aux bords de seine!

amour noyé dans les métros
pour un sanglot, un mot de trop
on fait des scènes, des opéras
en pas de danse, en pas de chat
on s’univers, on fait des terres
on se caline on s’orpheline
on se mari, on se fini
on s’infini

tu partiras, je reviendrai
tu pleureras moi j’en rirai
tu tomberas, sûr, dans les bras
un jour, oui, d’un autre que moi
tu lui diras c’qu’on s’est dit
et puis qu’on s’était rien promis
vouloir larguer, oui les amours
avant de vous larguer tout court !

tu reviendras un jour de pluie
pour trouver mouchoir à tes yeux
car c’est toujours un jour de pluie
que reviennent les amoureux
on se retrouvera au hasard
d’un désespoir d’un quai de gare
nous parlerons de ce qui fait pleurer les hommes !!

tu diras que tu ne m’aimes plus
je te dirai bien entendu
puis tu diras qu’tu m’aimes encore
que tu t’étais trompée de port
nous refermerons nos blessures
nos horizons seront sans murs
et comme deux oiseaux de passage
nous retrouverons le rivage

on se refera quai de seine
on se redira oui qu’on s’aime
on sera comme au premier jour
tu seras mon premier amour noyé
quai des métros
nous les prendrons oui ses bateaux
et tu verras les chrysanthèmes
auront le parfum des je t’aime

mon amour quand tu reviendras
je porterai à bout de bras
le monde à tes doigts j’offrirai
des chansons qui auront ton nom
tes yeux seront plus jamais tristes
et si j’en dois devenir christ
c’est pour que toi, toi mon amour
toi tu sois dieu !!

c’est beau l’amour
quand on est amoureux
c’est beau l’amour
quand tu es dans les yeux
de ceux la qui s’aiment
autant que moi je t’aime
c’est beau l’amour
et moi je t’aime…

22 Fév

J’ai, de toutes évidences, le syndrome de ceux qui en veulent toujours plus.
Peut-être est-ce dû à cet amour du «buffet à volonté» du «Internet illimité».
On nous vend l’idée que tout peut être un puis sans fond.

Je voulais me gaver de battements de coeur, trouver toujours le renouveau quand le quotidien devenait un fardeau l’espace d’une seconde.

Avoir le défaut de la carence constante est un phénomène insatisfaisant. Il n’y a rien de bon à en tirer. On presse le jus d’une orange affamée. L’attente des centres d’appels, tu sais, ceux avec la petite musique stridente, qui n’ont vocation qu’à essayer de te faire abandonner.
Personne n’appelle ce genre de numéros pour le plaisir.

Assis sur ma chaise en salle d’attente, je voyais les autres passer devant moi, avant moi. À force d’attendre la perfection, j’avais immobilisé tout ce que la vie pouvait avoir de bon, de mauvais, de fascinant, de ridicule, d’addictif. J’ai voulu la trier comme on trie ses céréales le matin pour n’avoir que les meilleurs morceaux et j’ai fini par devoir avaler un kilo de corn flakes mou et informes au fond du paquet.

21 Fév

Ferme les yeux. Il suffit de raconter pour s’évader et croire, un instant que tout est encore possible.
Il appuya ses mains sur les siennes afin qu’elle empoigne et triture les flancs boisés aux parfums de marée.

Ce sont les frontières de ce monde que je t’ai promis. Sens le bois qui craque, se durcit, qui prend la flotte plus nous gagnons en vitesse. Détache tes cheveux. Elle s’empare de toi. La frénésie des libertaires. Ce n’est pas un tour du monde, le monde c’est toi.
Écoute les voiles se gonfler. Elle se gorgent de notre ascension. Elles s’emparent de notre évasion.
Ne te retourne pas. Tes doigts caressent mes bras, je me sens bien. Je n’ai pas assez de souffle pour soupirer correctement.
Tu me tue, tu me fais du bien, jamais je n’aurais cru…
– Ne dis pas ça.
Tu n’aimes pas que je me sente si petit. Tu n’as jamais aimé ça. Je suis grand, capitaine, élancé, fort, conquérant, magnifique, désarmant. Même si c’est juste dans ton monde.

Ferme les yeux mon amour. Ce sont nos coeurs qui s’embrassent, nos yeux qui se noient dans le mirage d’un océan éclaté, décuplé. Martyrisant nos doutes, nos erreurs, nos peines.
Plus vite, plus fort. La chair du voilier embrasse la flotte. Ça sent la mer comme les cheveux d’un nouveau né. Tu entends mon rire. J’entends tes sourires.
Attends quelques minutes avant d’ouvrir les yeux. Que ma narration soit, le temps d’une illusion, ta nation.

17 Fév

Alors on a pris la fuite. C’était demain, et c’était sans doutes le plus beau jour de notre vie.
Tu m’as regardé comme si j’étais fou, comme si tu savais enfin que je l’étais assez pour t’arracher au monde qui nous entoure, nous oppresse, nous étrique dans des carcans informes, trop petits, trop exigeants.
Je voulais te voir libre, sentir ton euphorie, ta liberté infranchissable enfin franchie. Délectable et insoumise. 

J’ai roulé très vite, comme pour nous éloigner le plus loin possible de tout ce que nous connaissions.
Tu as commencé par regarder la route. J’ai détourné mon regard et tu fermais les yeux.
Il y avait cette musique qui courait avec nous.
Elle nous invitait à être essoufflés.
Affamés. Assoiffés. Absolus.

Il faisait nuit, je regardais les lampadaires défiler, les autres voitures rentrer à la maison, et toi. Toi qui dormais et qui faisais parti de cet instant, encore plus parce que tu t’y étais assoupie. J’ai pressé l’accélérateur. J’ai senti mon coeur se débattre plus vite.
J’ai souri comme j’ai toujours su que je savais sourire.
Demain je t’ai emmené loin d’ici. Demain je t’ai vu sortir de toi-même. Rire, vibrer, avec passion. Déraciner les chaînes.
Emmerder le monde.
Jouir à la carte.
Jouir à la carte du monde.

14 Fév

Mes syllabes accrochées à tes lèvres hier.
Je suis comme quand nous étions enfants (peut-être était-ce hier), allongés dans les bras de l’océan.
Les yeux confondus dans un ciel sans asphalte.

L’écho de tes gestes.
Gestuelle délicate. La vague de tes soupirs et de ta voix qui me ravage.
Apprendre les anaphores à ta source. Je commencerai toutes mes phrases par toi.

30 Jan

Les drapeaux qui débandent de sur leurs étendards
Encore une fois.
Faire rimer les sanglots avec un abattoir.

26 Jan

J’avais retrouvé ce goût de vie ravagée, ce parfum d’ivresse des bars de trois heure du matin. Je voulais hurler sans raison, lever mon verre, rire, danser, vibrer, qu’importe, tant que je ne posais pas ma conscience sur ce instant vide et pathétique. Emmuré dans un bar, étouffé par les vapeurs de shots dégeulasses que l’on t’offre parce que tu viens de claquer ta paye en bière bon marché, j’étais bien.
Bien comme on est bien dans des vêtements souillés par la pluie, qui collent, qui sont lourds et imbibés de l’erreur d’être sortis sans imperméable.
Je prends l’eau. Je me sens lourd. Le bar va fermer et je ne peux plus me porter. Plus me supporter.
Les autres rient, les autres ne voient pas. On est tous les même à cet instant. À crier trop fort pour être honnête. À gueuler la joie parce qu’on ne pourrait pas parler de la peine.
À chanter pour se donner une constance. Une raison.
Je sors fumer une cigarette dehors. Les gens se parlent au milieu de ce drame nocturne. Non je n’ai pas de cigarettes. Non je ne veux pas d’un autre verre. Non je ne sais pas où est ton téléphone. Non je ne veux pas rentrer.
Je finis par m’effondrer dans un taxi qui me dépose devant cette porte gargantuesque. Elle va me bouffer. Non je ne veux pas rentrer chez moi.
Je ne veux plus rentrer chez moi depuis que tu n’y es pas.

24 Jan

J’avais fini de pleurer pour ce qui, de toute évidence, avait le goût infâme d’un mois d’hiver à demi consommé.
J’avais fini de t’attendre.
D’imaginer que tu serais exactement comme je le voulais. Que tu prendrais mes peurs pour les faire rire, que tu transformerais tout ce qu’il y a de plus dégueulasse en moi pour en faire un putain d’arc en ciel.
J’avais fini d’imaginer le luxe le calme et la volupté. Fermé les livres. Avalé ma salive. Ouvert les yeux.
Ces invitations au voyage fantasmées, je ne les voulais plus.
J’avais fini de pleurer pour ce qui, de toute évidence, avait le goût infâme d’un moi d’hiver à demi consommé.
J’avais fini de m’y attendre.

17 Jan

Et je courais, contre le temps, contre les autres, contre moi-même. À vouloir devenir tout ce que je ne serais jamais. Je voulais te baiser les yeux juste parce que c’était moi.
Que ça s’impose, que tu en ai le souffle coupé. Je voulais devenir tes obsessions, tes pensées de deux heures du matin, le visage que tu vois en fermant les yeux, le prénom que tu répètes sans raison au cours de ta journée.
Que la résonance même des voyelles et des consonnes, parfaitement ajustées te fasse tourner la tête. Je voulais être le miracle, l’insolente réalité qui s’agrippe à toi, l’impossible enfin atteint, le point final et accaparant, la ponctuation légèrement lascive.
Les silences en écho aux battements de mon égo sur ta peau.

14 Jan

– Le quotidien me fait peur
– Pourquoi?
– Regarde-le comme il nous tend les bras, comme il nous attend. Je n’ai jamais rien vu d’aussi concret, fataliste et rassurant. Tu vas me dire qu’être rassuré, c’est ce vers quoi nous tendons tous, et je ne te contredirais pas. Mais regarde-le encore une fois, il nous avale dans sa définition pré mâchée. Dans son envergure.
Le quotidien, je voudrais qu’il soit surprenant, imbécile heureux, qu’il éclate de rire, qu’il me regarde comme si j’étais la chose dont il ne pourrait se passer pour exister.
Le quotidien devra être à la fois vil, facile, différent pour que je cesse de lui barrer la route.
– Tu demandes à tout ce qui t’entoure de faire le travail pour toi, aux autres de t’aimer comme tu penses le mériter.
– Je reproche à l’hiver de ne pas être assez brulant, au sexe d’être trop conventionnel, aux baisers de fins de journées de rester en surface, aux bonne nuit mon amour d’être trop mécaniques, à l’air que je respire de n’être pas saturé.
– Et à moi, qu’est-ce que tu me reproches?
– De me laisser trop parler.