25 mai

Tes rires incestueux qui me mettent à nu donnent à la pudeur l’amertume des regrets que nous n’avons pas le temps d’avoir.
Mais parfois devant toi, j’ai la parole aphasique, à  risquer la vie comme un deuil de l’attente.
Demain n’existe plus.
Et tous les jours seront inoubliables.
C’est aujourd’hui l’exorde primal.

21 mai

Faire s’étendre l’univers dans les recoins de ses lèvres, entre’ouvertes, prêtes à bouffer le monde entier, les heures, le temps, les absences, les silences, les regards oniriques et les quelques soupirs frénétiquement posés à même la chair.

Bien sûr que j’ai mal. J’ai mal à chaque foutue seconde irrespirable interposée au milieu de nos séparations.
Au-dessus du vide, je me balance pour m’élancer, le plus vite.
Mon dieu. Faites que ça passe vite les heures inutiles à attendre pour donner sens, reliefs et effluves à l’air qui m’accompagne.
Si tu savais combien j’ai voulu de ce regard depuis ces quelques heures.
Si tu savais combien il semble plus simple de ne plus dormir plutôt que de s’effondrer au milieu des draps solitaires, incapables et silencieux.
Je cours, frénétique, convaincue, arbitraire pour laisser jaillir les sourires de gosse qui n’y croit pas.
Mais j’y crois.
Et je crois qu’elle le voit.
Alors je ne dis rien, je souris de cette ride d’enfant de trente ans au milieu de cette confiserie. Insouciant.
Certain d’avoir, dans mes poches, assez de courage pour la cambrioler toute entière.

19 mai

Voici la vie qui s’accapare ta présence comme un filtre essentiel à mon regard sur le monde.
Je souris à fêler toutes mes certitudes. Le masque, les murs, les barrières éclatent une à une.
Voici ma vie qui t’accapare et mon regard est désormais tourné vers ton monde.
Pourvu que j’y respire dans l’écho répétitif de nos longues minutes de silence.
Restons dans ce capharnaüm muet de ce qui nous submerge.

4 mai

Impassible asile, terre réconfortante et bassin généreux.
Au comble de notre inspiration commune, des bouquets dans les soliflores.
J’écarte de la main les hérédités maladroites. Le savoir-faire des inconscients.
Mon amour, irons-nous paver les enfers de notre paradis terrestre?
Les printemps commencent à se heurter sur les branches dénudées. La chambre ouvre la voie et je ne vois que toi.
La saveur matinale des rencontres de peau.
Garder intact le silence presqu’immuable, de l’aurore qui traverse ton visage encore endormi.
Je te regarde posté en gardien, garant de ta paix intérieure.
L’air incommode la pièce quand ce n’est pas toi qui l’expires.

3 mai

L’apparence est agréable. On pourrait croire, qu’avec sa gueule en bonne et due forme, elle n’aurait pas à vivre ce genre de crise existentielle dérisoire.

Pourtant, elle ne saurait plus compter le nombre de fois qu’elle a senti une pointe, vicieuse, s’enfoncer de manière indécente dans son estime, sa confiance. Elle avait alors perçu ce que voulait dire exactement, profondément les mots : « serrer le cœur », car la perception d’un muscle recroquevillé sur lui-même, atrophié de terreur lui revenait souvent.
Pas aimable, ou juste ce qu’il faut. Elle était persuadée que si tant est qu’elle n’était pas là, l’objet de ses pensées en profiterait pour lui faire mal. Elle préparait son armure des heures durant, et pendant qu’elle essayait en vain d’enfiler le lourd plastron de kevlar, les premières flèches perforaient. Un peu, pour les premières. Mais plus le temps passait, plus la lame était aiguisée et se frayait un chemin jusqu’à là où elle le savait, nul de pourrait la sortir.
La cigarette de quatre heures du matin au milieu de la ville silencieuse n’y faisait rien.
Son esprit se scindait du reste du corps et devenait alors sournois, méchant et lui soufflait, dès qu’elle osait fermer les yeux, des images toutes plus assassines les unes que les autres.
Rien. Même ne rien faire devenait une torture. Fermer, ouvrir, imaginer d’autres choses, tout la ramenait, comme deux aimants, au pire.
Une heure plus tard, elle finit par trouver le sommeil, mais même ici, alors qu’elle se repliait sur elle dans le lit trop grand et trop seul, son esprit la tortura avec plus de véhémence encore.
Elle vivait son pire cauchemar, habitée, transpirante. Pathétique.
Elle aurait souhaité qu’une balle de plomb lui perfore la mémoire.
Mais la roulette russe en avait décidé autrement. La cartouche explosa en plein dans sa confiance, la laissant bien vivante, dans les méandres oniriques les plus dégueulasses qui soient.
Incapable de déterminer si quelque chose pouvait l’apaiser.
La vérité lui semblait un costume trop grand pour les non-dits.
Les silences, des approbations à demi mots.
Le regard des autres, un véritable tribunal compatissant mais impuissant.

Cette cellule dans laquelle elle vit depuis sa naissance. Cette peur panique que, dès lors qu’elle aura baissé sa garde, on lui fera une curée en compagnie d’une horde de chiens boiteux et affamés, ne la quittait pas.
Une fois qu’elle réussissait enfin à prendre quelques pas pour reculer, bien des heures plus tard, elle comprenait un peu mieux. Mais la douleur aiguë et assourdissante subsistait.
Non. Les larmes ne couleront pas. Elle s’en faisait la promesse à chaque fois et réussissait tant bien que mal à la tenir.
« Rien. Plus rien ne devra me faire mal. » Et elle regardait le jour se lever depuis la fenêtre grande ouverte sur les rues inondées de lumière.
Elle savait qu’elle se mentait à elle même, que le chemin semblait infaisable puisqu’elle n’en trouvait pas d’issues. Mais elle avançait dans ce labyrinthe émotionnel. Marchant, attendant un miracle.

Image 20 avr

textecha

7 avr

Le tour du monde quand tu m’embrasses.
Des voiliers en pleine tempête, des océans qui s’enflamment, les villes qui se liquéfient sous mes yeux impuissants.
Je me laisse emporter, je ne lutte plus. La submersion vers l’ascension.
Je prends de la hauteur en creusant un peu plus contre ta peau.
Terrée au fond de toi, le cœur s’emballe, se noie, sursaute, coule, inexorablement contre le tien.
Le tour du monde au ralenti, mais à en avoir quand même le souffle coupé.
Embrasser la culture. La voix. Ton rire et ce putain de regard qui me transporte.
Qui m’emmène n’importe où.
Exalter, exulter contre toi c’est le monde dans ses ruelles perdues, ses impasses dissimulées.
C’est les sous-sols des monuments historiques, c’est le parfum des plafonds inatteignables d’Italie, c’est la fin d’un marché français quand il ne reste plus rien.
C’est le monde, autrement. La terre est plate.
L’imagino Mundi inversé, renversé.
Le soleil tourne à contre sens.
La neige d’avril me fait sourire.
Le macrocosme, sens dessus dessous.

31 mar

Ouvrir trop grand son cœur. Des fentes béantes, d’où transpirent l’amour, la peur et l’attente.
Nous sommes de ceux que l’on appelle les dépendants. Étiquette trop petite. Est-ce que si je m’accroche à toi jusqu’à m’y fondre, m’y perdre et ne plus savoir qui je suis le mot ne te semble pas trop faible?
Sentir monter la peur. Cruciale et vicieuse. Je la vois mais ne peut pas l’atteindre.
Je ne suis plus personne quand je deviens l’Autre.
Les larmes sont tordues, comme démembrées. Incapables d’êtres elles-mêmes.
Ne pas me connaître. Sentir les aspirations. L’amour. L’amour comme bouée d’un sauvetage perpétuel. Au bord de la noyade. La bouche qui recrache l’eau stagnante des trente dernières années.
Tu pleures trop. T’as pas confiance dans ta carlingue. Elle pourrait pas supporter ton poids. Les fardeaux. Les verres de trop le soir par peur de manque de contenance.

Tu ne t’es jamais aimé parce que tu n’as jamais pris la peine de te connaître.
Tu sens les fêlures. Elles bougent au moindre battement. Aimer te fait mal autant que cela te rend heureuse.
Incapable. Belle. C’est comme jeter de la bouffe encore emballée.
Ne pas attendre. N’attends que toi.
Que de toi. Personne ne peut rien pour toi. Personne ne te sauvera de ta propre vie pour y laisser la sienne.
Tu es belle Mon Cha. Faut pas t’égratigner comme ça.
Un jour quelqu’un te dira que tu es magnifique, avec les yeux des hommes quand ils regardent les femmes.

24 mar

Parce que ce vide est intimidant. Parce qu’il me fait, je crois, plus peur que de vous dire les mots.
Que j’ai tendance à vouloir contrôler ça. Que je me sens vulnérable.
Et que je forge, avec soin, mes armures de Titan, dont je ne veux pas.
J’ai besoin de toi. Que tu sois là.
Que tu me regardes pour ouvrir les yeux sur les autres.
J’ai l’impression que c’est trouble, ça fou le trouble.
Parle avec un accent venu de loin.
Dis-moi les mots en me regardant jusqu’à me foutre à nu. Sans un sourire pour me cacher derrière.
Pour que tu saisisses la faille avec justesse et que tu vois ces réactions que je m’acharne à cacher, dissimuler, avaler pour ne pas brûler.
Parle encore pour que je puisse, à défaut de réussir à m’exprimer, dans un regard, te donner l’impression d’avoir dérobé le monde à l’humanité tout entière.

17 mar

Pourquoi s’abîmer lorsque l’on est déjà branlant. Les fissures se fissurent elles-mêmes. En dessous, l’océan. Rageur. Daleux. Il voudrait déformer les côtes, exterminer des pays entiers pour prendre place et s’installer. S’étirer jusqu’à ton corps pour t’embrasser une dernière fois, se souvenir. C’est important le souvenir. Il vous conserve à l’état pur dans un état qui n’existera plus jamais.
C’est fissurant un souvenir, tu ne trouves pas?

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