17 Mai

Ce soir j’ai besoin de te tutoyer lorsque j’écris.

Le « elle » semble tellement moins singulier qu’il mériterait d’être un pluriel.

8 Avr

Feindre l’adoration.
Alors que les autels ne sont que des marches qui me servent à mieux te regarder.

29 Mar

Dans la chute il y a le silence qui se féminise.
Et pourtant, à se prendre les pieds dans la réalité.
Dure. Amputante.
Je continuerai d’être comme
Ceux qui écrivent comme s’ils respiraient mieux, qui respirent comme s’ils pouvaient vivre mieux.
Ceux qui pensent que l’exceptionnel est un quotidien réussi

Ceux qui ont volé toutes les putains d’étoiles du dicton à la con des parents cambrioleurs d’immensité.
Ceux qui voient plus loin à défier l’horizon, qui trouvent les boulevards trop étroits pour être inspirés.
Ceux qui pleurent parce qu’ils ont peur, les magnifiques dans la laideur du diurne.
Ceux qui ne savent plus s’arrêter, ceux qui n’en ont jamais assez.
Ceux qui se tapent un rail de rêve avec des doutes.

Vous les voyez vaincus, mais ils sont conquérants.

Ceux qui veulent aller perforer l’Amour, l’extraire de la réalité, le changer, défier les mauvaises parodies américaines de la perfection.
Qui sont assoiffées de se noyer dans l’émotion.
Cette putain qui fait mal.

Ceux qui sont voués à l’exception, pas forcément jolie, toujours à couper le souffle.
Ceux qui luttent en s’abandonnant dans les vices et qui exultent, sauvagement, leur rage d’exister.
Ceux qui ont tout à raconter, à vivre, à envahir.
Indociles et infatigables ils n’attendent pas, provoquent le désir, excitent l’univers, aiguisent leurs émois.
Pour tout ressentir. Pour ne rien laisser.
Faire la curée de vivre pour que l’autre s’enivre

Ils érigent l’Amour proxénète. L’amour maquereau.
Ça sent la mère.
Le syndrome d’Œdipe pas fini. À l’envers. Ils suintent de carences béantes à remplir.

Leur voracité n’a d’égal que leur régal lorsqu’ils farcissent leur cœur de battements désordonnés, précipités et colossaux.

Ces affamés animés, ou animal d’aimer.

Mais cette fosse, dans leur cœur, est une bouche grande ouverte prête à bouffer l’ardeur.
Prête à t’aimer, à te donner l’immensité, à ériger des cathédrales.
Prête à te regarder tellement fort, à perforer avec délicatesse le moindre de tes gestes comme une consécration.
À mettre en alexandrins le moindre de tes mouvements pour le rendre plus symphonique, plus vertueux, plus imposant.

Ils ne sont pas méchants, ils remplissent LE NÉANT.

Ils sont dans la délectation
maladroite, parce que trop acharnée
Impossible à contenir, difficile à cacher
Ils sont sujets de la passion
Du verbe, ils n’attendent que les compliments.

Journée de la poésie

21 Mar

J’ai pas le gout du risque des coups de poings au coeur
Pas de passion du Fist dans mon fort intérieur

17 Mar

« Je vais te laisser là de toutes façons je n’ai plus rien à te dire
J’ai trop pleuré pour toi
J’arrive plus à déglutir. »

9 Mar

Eh l’amère à boire, j’ai bu la tasse
Tu files la gueule de bois aux innocents

Eh l’amère à croire, reprends ta croix
Les cierges ont consumé la cire, l’espoir est circoncis

Eh l’amère à voir, c’est jour polaire au fond des yeux
La lumière noire ancre le négatif

Je colle mon visage au monde qui m’entoure.
Emmurée dans l’amer, tu me
Donnes l’absence par le sein

C’est du laid.
C’est le vice qui entre à la perfection dans mon écrin
C’est un écrou qui ne sert plus à rien.

Y’a plus rien à faire
L’amère a plus la trique
Y’a plus rien à taire
Eh l’Amer!
Laisse faire les Amériques

4 Mar

Où es-tu?
Je me suis fait la courte échelle pour t’atteindre. Trop courte. Elle porte bien son nom.
Le ciel n’est qu’une conspiration au conditionnel.
Je ne peux pas regarder en l’air et imaginer que tu y sois.
Vaporeuse, toute en légèreté.

Les mots ont beau me faire du charme avec leur tonalité envoûtante, ils ressemblent à des foulards en soie.
Des mots aux allures de sirènes.

Je n’ai pas besoin d’eux pour m’effondrer sur des rochers.
Elles ne chantent même pas aussi bien que toi.

Au fond.
Je ne crois que ce que je crois.
Et je ne les crois pas.
Bibles bon marché. Vendeurs de rêves au sablier rempli de graviers.
Chaque minute qui passe est un ricochet dans le vide.
Tu n’es plus là.

Je ne baisse pas les bras.
Pour ne jamais cesser de te rattraper au vol si jamais tu revenais.
Dans la contradiction d’un pari de Pascal, in extremis, j’y crois.
Mais ne t’en fais pas.
Ne t’en fais pas.
Regarde-moi, je vais la réussir ma vie.
Parole d’apatride momentané.

Je suis partie loin de là où tu n’es plus.
Aller voir ailleurs si j’y fuis.
C’est arrivé loin de chez nous.
Montréal en février, Immaculée.
Linceul sur mesure pour endeuillés.
Tu y crois toi?
Ne t’en fais pas, moi non plus je ne le savais pas.
Du Québec à tes bras, il n’y avait qu’un pas.

Avec elle, les échelles n’ont plus de barreaux.
Plus de prison. Plus d’inaccessibles.
J’ai fini par lever les yeux au ciel et je t’ai souri.
Finalement… Tu y crois toi?

Dans mon enfer peuplé de conditionnel
La condition, c’était elle.

4 Mar

Je crois que ce qui m’a fait défaut dans ma vie jusque là est cet eternel, crucial et terrible sentiment d’attente.
Quel est ce mystérieux sentiment qui surpasse la volonté? Pour procrastiner encore ses soupirs d’extase? Pour exister les poumons grands ouverts?
À chaque lecture psychologique, on se dit que cette fois-ci c’est la bonne. Que l’on va s’y mettre pour de bon. Le mécanisme est plus ancré que les restes du Titanic au fond de l’océan : on y croit, on le veut, on l’exécute trois jours et puis l’on retombe inexorablement dans ce cercle vicieux de l’attente.
Peut-être demain. Peut-être ce soir. Un jour.
On regarde, envieux, les photos des autres qui défilent sur l’écran du téléphone portable.
On a dépensé 300 dollars pour se voir le privilège d’afficher en temps réel la pseudo réussite Instagramée des autres.
L’attente mène à l’envie, mais rarement à l’action.
Alors j’ai attendu aussi, me mettant bien droite, au bout de cette file d’attente de ceux qui placent toujours un « mais » au bout de leur plus belles phrases.
« Moi aussi je quitterai tout pour faire le tour du monde…mais il faut bien vivre »
La contradiction saute aux yeux, mais je ne peux qu’acquiescer.
« Je sais ».
Et j’ai très longtemps su et réciter par cœur le dogme enseigné partout et par tout le monde : il faut travailler, gagner sa vie, réussir.

Réussir. (Verbe intransitif, du latin exire, sortir)
Avoir un résultat heureux, se terminer par un succès
Croître, se développer favorablement
Obtenir un succès, en particulier réaliser ses ambitions.

Pourquoi aller lire la définition d’un mot dont on pense connaître le sens immédiatement? Ce serait comme aller regarder « père » ou « mère ». On sait ce que cela veut dire, on croit le savoir.
Pourtant ce « ses », ce magnifique adjectif possessif suggère en lui même une réussite personnelle.
Réussir, c’est avant tout se réussir.
Mais je le vois bien, et de plus en plus chaque jour en m’en rendant à chaque fois un peu plus compte. Ce sont les autres, ces autres qui vont orienter mes choix, mes absences de décisions possessives.
« Regarde ta sœur, elle a le permis depuis ses 18 ans, et toi tu ne l’a toujours pas à 28 ans »
« Il gagne bien sa vie, il a réussi »
Il me faut coller à ces exemples variés de réussite scolaire, professionnelle, personnelles, sociales sans quoi la comparaison ne jouera pas en ma faveur.
Ça me paralyse, alors j’attends. Je prends de petites décisions, je fais de petites réussites et obtiens mon baccalauréat en lettres modernes, ma licence et mon masters métiers de la rédaction.
Ce que je veux faire dans la vie? Enseigner. Rien ne m’a jamais autant porté que cette envie d’apprendre la littérature à ceux qui n’ont pas la chance d’avoir deux parents passionnés par les émissions culturelles et les sorties au musée du dimanche après midi.
Ce que je fais dans la vie? Je suis rédactrice.

J’ai attendu. Je n’ai même pas essayé à vrai dire d’aller au bout de ce rêve d’enseignement. Bien sûr, la chute aurait pu être plus rude si j’avais eu à exercer une profession aux antipodes de mes passions. Mais je n’ai pas la flamme en me levant chaque matin. Je n’ai pas l’impression de réussir pour moi, mais uniquement pour les autres. La famille se satisfait d’avoir une rédactrice ans la famille, qui gagne sa vie et qui est professionnellement plus ou moins stable.
Combien de fois je me suis demandé ce qui m’avait poussé à ne pas donner plus, donner tout ce que j’avais pour aller au bout de mon rêve.
Quand me suis-je résolu à rayer ce projet de ma vie?
Quand me suis-je dit « c’est trop tard »?
Je ne tire aucune fierté à dire, aujourd’hui, que je suis rédactrice.
« Et ça consiste en quoi exactement? »
 » Écrire des biographies de courtiers immobiliers pour leur site web » (je ne sais pas pourquoi je commence toujours par décrire le côté le plus rébarbatif de mon métier, l’envie, sans doutes, de m’auto infliger la sentence de mon absence de courage dans mes aspirations professionnelles)
L’exemple même de la réussite à sens unique. Je ne me plains pas, après tout, je gagne ma vie et c’est ce que l’on m’a demandé de faire.
Assez de sous pour aller en vacances 2 semaines par an, pour sortir au restaurant, acheter les cadeaux de noël et boire du bon vin.
J’ai l’impression que ma vie ressemble parfois aux ventres tendus et remplis de ces hommes d’affaires qui dinent au restaurant. Remplis mais qui finiront par le tuer.

Mais alors, pourquoi attendre? Il suffirait de la prise de conscience ultime : la mort d’un proche.
« On peut partir si vite. Tout peut se terminer demain. Il faut vivre maintenant »
J’entends résonner en moi des phrases à la portée sémantique des politiques du XXIe siècle. Des promesses absorbées par un immense papier buvard : MAIS.

J’abandonne donc mes rêves professionnels, me contente d’avoir la chance d’écrire dans mon métier et de gagner ma vie.
J’envie évidemment secrètement mes anciens camarades de masters reconvertis qui sont maintenant enseignants après avoir décidé de sacrifier 2 ans de leur vie aux révisions et examens. Ils n’en ont jamais rien su. Je les félicitais et, au fond de moi, leur en voulait de réussir là où j’avais lamentablement échoué.

Puis le temps passe et s’agite. On se conforte en jetant un œil sur ceux qui, comme nous restent embourbés dans leur conjonction de coordination. Parfois, cela est finalement leur rêve d’accomplissement : les enfants, le travail, les vacances à Cuba et le téléfilm du vendredi soir.
Pourtant, à chaque fois que je me retrouve seule, dans mon canapé un vendredi soir à regarder n’importe quelle émission, le lendemain j’ai le goût de devenir anorexique de mon mode de vie.
Rien ne changera. Je regarderai des émissions après avoir tergiversé quelques minutes à sortir, aller au musée, apprendre la musique et me ferait vomir intérieurement le lendemain à l’aube.
Puis finalement, cette exposition de Rodin que je voulais voir est terminée, ce concert de Chopin passé depuis une semaine.
La prochaine fois. Ce sont pourtant de petites décisions, on ne parle pas de changer de carrière, juste de sortir et de s’enrichir comme on aime le faire.
J’aurais dû le voir venir, déjà ma faculté à renvoyer les documents administratifs dans les temps était proche du néant, mon taux de résistance face à une part de gâteau au chocolat absent et mes coups de folies réalisés depuis 26 longues années au nombre incommensurable de un.

Alors on regarde les photos de ses amis en Australie dans son canapé, on like amèrement en se rassurant « un jour ce sera moi ».
Oui mais quel jour? Quand?
Qu’est ce que je n’ai pas encore compris dans cette histoire? C’est moi qui ai le pouvoir.
Je sors une feuille et un stylo : le légendaire tableau des plus et des moins.
C’est vrai, c’est un sacré risque de tout plaquer pour aller voir ailleurs si j’y suis. Puis je n’aurais plus de travail, j’ai pas beaucoup d’argent de côté (en fait rien du tout), je ne parle aucune autre langue que le français, je ne connais personne.
La peur. Et si tout se passait mal? Si je devais revenir et subir le jugement des autres, la galère financière, le chômage?
En réalité, deux questions à se poser.
– Est-ce que ça en vaut vraiment la peine?
– Est-ce que j’en ai envie?

Je ne sais pas. Je ne sais plus. En plus je vais devoir penser à l’appartement, le chat, résilier l’électricité, internet.
Découragement. L’évasion et la réussite était à un pas, mais ce barrage titanesque me fige. D’immenses troncs d’arbre dans mes petites roues fragiles.
Oui, bien sûr que j’en ai envie. Je ne sais pas trop pourquoi mais je suis attirée par ça. Peut être parce que j’ai aimé quitter ma ville natale à 18 ans pour étudier à 200km. Depuis, 10 années ce sont écoulées et je connais Lille par cœur.
Je voudrais entrer dans une ville inconnue, la parcourir et m’y perdre tout en sachant que dans quelques semaines, je saurais où je suis. Je veux encore ce sentiment d’ivresse urbaine. Cette virginité oculaire. Je veux me faire dépuceler par le plus de villes possibles.
« Le voyage est une suite de disparitions irréparables »[1]. Je sais que cette décision aura des conséquences et à chaque fois que je m’imagine la prendre, je ressens la même chose que lorsque j’ai dû embrasser une fille pour la première fois.
Alors, cette peur, on en fait quoi? Parce qu’objectivement il n’y a que deux portes de sorties. On se laisse submerger par elle, on continue à ne pas prendre de risque qui ne peut être quantifiable ou on se jette à bras le corps dedans quitte à tout perdre?

[1] Paul Nizan, Aden-Arabie, Reider, Paris 1931

25 Fév

Non je ne fais pas d’insomnie.  Le pire n’est pas de ne pas en dormir.
Le pire, ce n’est pas quand tu te réveilles, et que pendant deux secondes tout semble si parfait.
L’amnésie paraplégique de ceux qui tentent d’oublier.
Le pire, c’est quand tu te réveilles et que ces deux secondes n’existent plus.

23 Fév

Quand ton propre cœur rampe en dehors de toi.
Te regarde. Se marre. Se meurt.
Quand tes larmes coulent, se perdent sous la peau, sur le sol.
Quand tu pleures jusqu’au fond de tes yeux, à te noyer dans ta propre digestion oculaire.

C’est vrai. Malgré l’absence qu’il suggère, le néant hante mieux que personne.
La douleur ne mérite même pas d’un préfixe si délicat.
À ce moment, la douleur
Ce n’est un mot qui ment.

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