Archive | novembre, 2013
26 Nov

« Elle est entrée en moi comme un carambolage
Entre la blague Carambar et le cambriolage »

26 Nov

Décrocher de la lune. La gravité te fera toujours échouer sur le sol.
La traction de sa terre sur ton corps, inévitable, insurmontable et beaucoup d’autres rimes en « able ».
C’est la rencontre.
Ce moment où tu te rends compte.

25 Nov

Depuis que je m’enterre pour t’oublier encore, le gout des épitaphes à des airs d’eau de rose
Ça parfume les corps, laisse le cœur en nécrose.

25 Nov

Ce sont les brumes implacables, l »histoire intemporelle, incorporelle
Et moi, le chromosome indécis, les yeux  en aquarelle
Un cirque triste. Le déclin des fanfares
J’obtempère, te regarde partir,
Les quais, une terre sainte qui transpire d’un silence
Le néant m’accapare, et mon amour se barre

Le regard qui prend sa dernière respiration, suturer la gorge, l’oxygène qui enchaîne
Les Hommes pleurent mais moi je meurs
Mon amour, je suis fou et je ne pourrais pas
Voir le bateau partir, revenir sur mes pas

C’est l’ancre qui me pèse comme un fardeau de pluie
Sur ma peau ça ruisselle mais je n’ai plus d’abris
Attaché sur la rive, je te vois l’horizon,
Il t’appelle et arpente ses allures de prison

Je m’essuie le visage et j’essaie d’effacer, ton prénom de mon âme mais j’ai l’âme asphyxiée
Je me remplie du vide de ce ciel gris d’Octobre, et depuis quelques heures même mon coeur n’est plus sobre
J’hurle la mort au vieux port, j’hurle à mon héroïne stupéfiante
L’amour en intraveineuse, le manque, la peur, le vide, l’amour en suspension
Je suis seul comme un cri, un christ sans compassion
Pas de chemin de croix puisque je n’y crois plus
Mon amour s’est barré, et tout l’Amour s’est tu.

22 Nov

Je la regarde et me demande encore combien de temps nous faudra t’il pour accepter de se frôler la main par hasard

8 Nov

Entre deux stations je tombe sur une publicité de site de rencontre. « Les rencontres ailleurs ». Ils n’ont pas idée.

Est-ce vraiment mieux que le faux-semblant de brique éclaté avec une vue sur une plage de rêve ? Est-ce que d’ailleurs, de véritables êtres humains achètent un voyagent grâce à cette publicité souterraine ?

Je les imagine alors devoir sélectionner une case à la question « Comment avez-vous connu notre site ? ».

Autre : Publicité dans le métro qui d’ailleurs, ne casse pas des briques.

8 Nov

Rupture.
C’est sans doutes l’acte dévastateur qu’il soit donné de faire. En une seconde, tu as le pouvoir de faire mal, sans toucher, sans regarder, juste en quelques mots.
Pendant cette seconde tu es roi. Tu as les pleins pouvoirs. La monarchie absolue des sentiments.
Un roi fou, malheureux, perdu, hésitant.
Ton coeur bat de la même manière que lorsque tu lui as dit « je t’aime » pour la première fois.
Et pourtant cette fois-ci tu as vraiment l’impression que ça bat trop fort, que le manège tourne trop vite.
L’autre ne sera plus cet autre que tu connais.
Et tu ne seras plus le même à ses yeux.

Et là, après cet instant irréversible, tu vas douter. Pourtant tu étais sûr, tu as pesé le pour et le contre et tu as même fait le ridicule tableau des plus et des moins.
Tu es arrivé en conquérant et te voilà roi déchu, hésitant, incertain.
Le poids de la décision est trop lourd pour toi. L’autre est déjà un autre. Vous parlez fort.
Tu n’écoutes pas, tu penses, tu te demandes si au final ça en valait la peine, s’il n’aurait pas un moyen d’effacer tout ça.
Cette soudaine schizophrénie te fait peur.

C’est pourtant le dédoublement de personnalité le plus égoïste qui soit. Tu penses à toi.
Tu ne veux pas faire mal. Changer d’image aux yeux de cet autre qui te regardait comme personne d’autre. Voir la vérité. Assumer tes actes. Tu te dis que tu aurais fait un bien mauvais roi.

Tu vas perdre ton confort, tes certitudes. Tu vas être seul.

Faut-il revenir en arrière ? Peux-tu , veux-tu ? Et cet autre qui pleure, le coeur encore tout éviscéré entre tes mains, peut-il seulement oublier ?

Tu n’étais pas le roi, tu étais le bourreau. Tu cèdes en quelques minutes les pleins pouvoirs à l’autre. Et tu ne sais même pas pour quoi prier. Qu’il parte sans se retourner ou qu’il pardonne.

4 Nov

– « Bonjour, avez-vous votre passeport ? »

Ça y est. Cette question avant aujourd’hui c’était un peu la question piège. Comme celle du permis. « Quoi ! Tu vas avoir trente ans mais tu n’as toujours pas passé ton permis ! ».
Je tends fièrement la pièce a conviction, comme le Saint Graal à l’hôtesse qui le regarde à peine.
Elle ne sait pas.
Ce passeport c’est un peu le passe-partout. La nouvelle vie que j’attendais depuis bientôt trente ans. Avec le permis en poche, les océans restent infranchissables, mais aujourd’hui, touts les continents forment un pont qui m’ouvre les bras.

6 mois plus tôt

La scène se passe dans un petit café-restaurant bio à Lille. Il est 12h48, je reprends le boulot dans une heure et je suis à table avec Julie. Entre deux coups de fourchettes on file des coups de pieds au destin.

– « Bon alors, on y va ? »

– « On y va.»

Le café n’était pas encore servi, il n’y avait pas eu d’accord gravé dans le marbre, ni même deux petites colonnes des pour et des contre. Mais on avait décidé.

On se connaissais depuis six mois. On s’aimait depuis cinq. Mais la perspective de tout plaquer pour partir à six mille kilomètres nous semblait curieusement plus à portée de main que de choisir ce que l’on mangerait ce soir.

Le projet était né. L’embryon s’installait doucement et je retournais travailler avec une drôle d’impression. Je regardais mes collègues s’affairer sur leurs ordinateurs. Ils ne savaient pas.

Deux jours après, je convoquais les deux grands patrons dans la salle de réunion. Quinze chaises vides autour d’une table ronde. On croirait à une réunion ultra secrète où l’on va décider si oui ou non on annexe l’Alsace Lorraine.

18h24 : Je dépose mon carré d’as sur la table.

J’explique brièvement mon envie de partir, ma décision, l’absence de tout pour parler. Je décide. Je prends ma vie entre mes deux mains.

C’était la première fois que j’étais un bon élément dans une société. Je faisais ce que j’aimais : j’écrivais. J’avais des collègues exemplaires, il me semble même que je faisais parti des préférés.
Ceux qui ont la place du fond dans le bus.
Ceux que l’on ne veut pas voir partir.

18h43 : On annexe.

Je partirai dans exactement cinq mois. Le jour de mon anniversaire. Plus besoin de cadeau je viens de m’offrir un aller simple vers ailleurs.

Avec Julie, nous commençons à empiler les guides du routard, les cartes routières…

Tout est possible. Pour une fois, ça y est, on a le CHOIX.
Et soudain sur cet immense planisphère il faut enfoncer des punaises de couleur, stabiloter des pages, écrire l’histoire.
On a les économies d’un panier percé mais on vient de gagner au loto.

Cinq mois, ce n’est pas si long finalement pour changer de vie.
On se questionne, on a envie de tout faire.

LISTE DES CHOSES A NE SURTOUT PAS OUBLIER AVANT DE PARTIR A L’AVENTURE EN CDI

– Résilier le Bail en recommandé trois mois à l’avance

– Résilier tous ses abonnements : téléphonie, cinéma, électricité

– Faire sa demande de passeport avec un photo d’identité à coucher dehors

D’ailleurs je ne comprends pas vraiment cette lubie de faire la gueule sur ses photos d’identité alors que lorsque l’on prend l’avion (ou l’Eurostar) on est plutôt d’humeur à sourire. La reconnaissance faciale serait plus facile.

– Penser aux assurances

– Informer la Poste du changement d’adresse

– Trouver la meilleure banque pour payer le moins de frais possibles une fois sur place

– Prévoir un minimum son voyage…

 

Au début, je n’étais pas vraiment convaincue par ce dernier point. Fuir la réalité d’un présent que l’on prépare trop. Encadré, prévu, sans surprise. La vie avec une assurance vie.

Et puis finalement…

On se met à parler, des heures entières, d’une nouvelle vie totalement hors des clous.

– Avec un accent soixante-huitard presque perceptible « On part avec un sac à dos et basta ! »

Tous les soires, tous les midis où nous nous retrouvions Julie et moi étaient consacrés à la même discussion : comment nous n’allions pas préparer ce départ afin de ce libérer de ces chaînes imposées par la société.
Puis une troisième personne s’est rapidement mêlée à la discussion. L’argent.
Non, la compagnie Air bonheur n’existe pas.

Où que nous aurions décidées d’aller, l’argent restait la troisième roue du carrosse : celle qui ruine les tête à tête mais qui reste indispensable pour avancer.

Économiser six petits mois. Pour pouvoir partir, exister une fois sur place.

Julie, l’argent et moi commencions à bien nous entendre. Il est clair que l’avenir ne serait pas fait d’hôtels cinq étoiles et de hamac avec vue sur mer. Le sac à dos et les auberges de jeunesses devenaient nos meilleurs alliés.
Le carrosse roulait mieux, mais nous n’avancions pas assez vite.

– Avec un accent de parent inquiet «  Il faut qu’on s’organise »

La valse des tableaux Excel, des assurances, des to-do-list, des réservations, des inquiétudes était digne du dernier couplet de la chanson de Brel.

On avançait avec des roues tout terrain. On s’assurait du minimum vital. Et cela a pris en tout et pour tout les mois qu’il nous restait.

Trousse de médicaments d’un mètre sur deux, barres de céréales en quantité astronomiques, réservations de bus, d’avions, d’auberges, papiers en règle, adaptateur électrique, formulaires dont nous ignorions jusqu’à l’existence une semaine avant de partir. Nos sacs à dos étaient bien plus grands que nous, et, une fois à l’aéroport nous étions les escargots les plus rapides à s’enregistrer au monde.

 

– « Tu te rends compte qu’il y a six mois on venait tout juste de prendre la décision de partir ? »

– « J’étais justement en train de me dire la même chose »

Passeport donné. Sac à dos entouré de scotch, cadenassé sur le tapis roulant. Guitare de voyage à la main nous partons vers le duty-free avec le visages de deux gosses à l’entrée de Disney Land.
Et ce n’était que l’effet duty-free.

Six minutes plus tard

Cigarettes à bas prix et M&M’s achetés, on se serre dans la navette qui nous mène à l’avion. Une petite pensée pour nos sacs à dos malmenés. Une prière pour que les sacs de couchages ne s’en échappent pas.

Je regarde Julie au moment de monter dans l’avion, la première marche franchie :

– « Tu te rends compte que tu n’es pas prête de reposer le pied sur le sol français ? »

Pendant cette seconde, l’argent, la prévoyance, l’inquiétude nous ont laissé en tête à tête, sur cette marche.
Et pendant sept heures et dix-huit minutes nous ne bougerons plus, figées sur cette marche qui arrête le temps, qui nous laisse seules. Sept heures et dix-huit minutes avant le grand saut.

Sept heures et dix-huit minutes de chariots repas, cafés, thés, eau, coca.

Sept heures et dix-huit minutes à compter le temps avec la précision d’un sablier.

Sept heures et dix-huit minutes plus tard
« Vous êtes arrivés, la température au sol est de quinze degrés, ciel gris »

Je venais réellement de me prendre la claque la plus magistrale de toute ma vie. Amis, famille, maison, tout était maintenant derrière un barrage aquatique infranchissable.

Je me suis souvenue de la première marche de l’avion. De ma remarque ironique à Julie.

Derrière moi, il n’y avait plus le familier. Juste des gens, d’autres personnes qui s’empressent de réunir leur bagage à main pour sortir de l’avion. Ca se bouscule, ça crie dans tous les sens.

D’un côté j’ai envie de crier moi aussi pour sortir, prendre l’air, inspirer et expirer la joie de ce jour attendu depuis plusieurs mois.
De l’autre je panique un instant. Je vais aller récupérer ma maison sur le tapis roulant.

Elle a la forme d’un sac à dos soixante-dix litres Quechua.
Ma maison c’est soixante-dix bouteilles de Cristalline.

 

Je suis partie, comme ça, sans rien d’autres qu’un rêve en poche et les deux yeux de ma voisine d’avion. Une maison miniature. Un abris, le seul que j’aurais pour les 4 mois à venir, avant de prendre le vol retour (car oui, il y a un vol retour, un vol pour aller demander un permis de travail et revenir ici.)

Je l’ai suivie.Elle était pleine de rêve, d’envie et prête à partir à l’aventure avec son aventure de quelques mois.
Je lève les yeux sur son visage encore rempli de sommeil, mais impatient.

Je ne regrette pas d’avoir sauté avec elle dans cette histoire.
Et ce demi saut de l’ange de quatre mois commence ici, à l’aéroport de Montréal.

Nous empruntons le bras qui relie l’avion au reste du monde, traversons les escalators, pressées de rejoindre le sol de Montréal.
Premier arrêt obligatoire à la douane/immigration pour une « formalité administrative ».
Premier arrêt semi cardiaque.

 

La jeune femme nous pose dix questions à la seconde, pourquoi, combien de temps, combien d’argent, avez-vous des cadeaux sur vous, du tabac, de la nourriture… On répond honnêtement, pressées de rejoindre nos deux sacs qui jouent à tournez-manège sur le tapis à bagages.

Elle griffonne quelque chose que nous n’arriverons pas à traduire sur la fiche identitaire que nous avions rempli préalablement et nous envoie, sourire au lèvre entre « les deux drapeaux là, juste derrière moi ».

Curieux, les autres passagers partent presque tous dans une autre direction. La direction « Bagages ».
On donne nos papiers à un homme à l’accueil. Il nous tend un ticket ressemblant étrangement à ceux de la boucherie d’un supermarché et nous demande d’attendre.

Nos yeux découvrent alors le panneau qui fait peur. Le panneau « IMMIGRATION ».

Heure : 14h30
Numéro : 636
Numéro en cours de traitement : 620

Nombre de tours approximatifs des sacs sur le tapis roulant : 123
Stress ressenti : 35%

On prend place et assistons au renvoi en France immédiat d’un étudiant ayant sa convocation de stage mais auquel il manque un papier.
Stress ressenti : 55%

Les agents derrières leur bureau ne font rien. Ils passent des coups de fils, parlent entre eux et nous, on attend.

Trois quart d’heure plus tard, le numéro 632 est appelé. On écoute, on pense à nos deux sacs à dos. Pas de téléphone, rien, personne à qui clamer notre innocence.
Stress ressenti : 90%

Un deuxième homme est reconduit dans l’hexagone après vingts longues minutes de négociations.
« Attends, mais moi on m’avait dit que le Canada c’était le pays des gentils, le pays où tout est cool, sympa et merveilleux »

« On est au Québec »

« Ça change quelque chose tu crois ? »

« C’est le bleu sur leur drapeau, à tous les coups ils ont un côté monarchistes »

Ça y est. C’est à nous. On se presse devant le guichet avec notre grand sourire patriotique. On ressort les mêmes réponses que la première fois. Quelques recherches sur un ordinateur et ENFIN nous partons officiellement retrouver nos sacs à dos.

 

4 Nov

Aujourd’hui est un jour comme les autres. La date ne sera pas un souvenir mémorable, il n’y a rien à fêter, rien à quoi penser, cela devrait être un jour qui ne fait de mal à personne.
Mais ces journées où rien ne se passe m’angoissent. Elles ressemblent au reste d’une assiette que l’on va jeter à la poubelle.
J’ai toujours mal au cœur pour ces restes qui ne servent à rien.

Une journée de perdue. Une journée que l’on ne pourra pas revivre deux fois.
C’est jeté, oublié, trié, éliminé.

Pourtant je ne peux rien y faire à par procrastiner ma bonne humeur au lendemain.
Mais si demain état aussi une journée banale ?
Ma respiration s’accélère soudain.
A 28 ans et je suis une hypocondriaque de l’ennui et de la banalité.

J’essaie de comprendre, de savoir comment tout ça a commencé, mais j’ai sentiment que c’est un gêne qui a germé de travers depuis le début.

Ce n’est pas les maladies que je crains, ce sont les sentiments. Leur instabilité me fascine puis me donne envie de les analyser.
Puis l’analyse m’entraîne le plus souvent dans une psychanalyse express qui débouche sur des symptômes plus profond qu’un mal de gorge ou qu’un mal de tête.

Une sorte de triturage post traumatique ou de dissection de chaque fait et geste de la vie.
Une occupation à temps plein non rémunérée par le pôle emploi.

Seul axe de guérison probatoire : l’amour. Mais pas l’amour de supérette qui s’offre trois roses à la Saint Valentin, l’amour qui transporte et qui réussi à faire que chaque jour compte (une partie de moi est déjà en train de penser à cette scène de Titanic « Pour que ce jour compte »).

L’amour des films, des livres, l’amour sous OGM qui jamais ne meurt ni ne essouffle.