25 Oct

Bonjour Madame, je sais que vous ne me connaissez pas mais je sais aussi que vous aimez écouter les autres, et je crois que c’est exactement ce que je vais faire pendant ces quelques minutes où nous sommes ensemble autour de cette table.
Tout le monde aime parler de lui, je ne sais pas si j’aime spécialement ça mais puisque vous aurez oublié demain, moi ça me va bien.
Je vais avoir trente ans. Je me souviens que trente ans avant ça sonnait dans mes rêves de gosse comme avoir une famille, des enfants, une maison, une vie comme tout ceux qui ont réussi.  Je ne suis pas une femme ratée, j’ai déjà été un garçon manqué, il fallait bien que je réussisse d’autres choses.
J’ai réussi la vie autrement, dans ma tête, dans ma vision des autres, du temps, des théories que je m’invente pour donner une raison à tout ce qui m’entoure. Pourquoi nous n’avons que deux yeux (pour ne pas mourir noyé lorsque nous pleurons toutes les larmes de notre corps), pourquoi personne n’a jamais plus découvert une nouvelle couleur, est-ce que vraiment il n’y en a plus une qui serait nouvelle, surprenante, déstabilisante, colorée.
Vous m’avez compris, j’aime juste me poser des questions comme des quêtes de sens, du ressenti, de l’imaginaire. Flirter (pourquoi il ne s’écrit pas fleurter, c’est plus joli) avec l’inaccessible est mon leitmotiv, une raison de respirer tous les matins.
J’aime regarder les autres, plus que me regarder moi même, non pas que je ne m’aime pas, au contraire j’ai plutôt bonne estime de mon visage et de ce qu’y s’y imbrique en dessous. Je ne m’emmènerais pas dîner au restaurant mais je boirais des bières avec moi même.
L’amour? L’amour est un câble électrique recouvert de Nutella sur lequel on se jette souvent trop vite, mais ouvrir le pot, respirer et le reposer. Je me souviens j’avais fait un défi de ne manger que des pommes pendant trois jours avec mes colocataires l’an dernier. Une sombre histoire de purification du corps. Nous nous réunissions avec l’une deux, autour du pot, et se nourrir du parfum était déjà comme l’avaler.
Tout ça pour dire que le parfum de l’amour est déjà souvent suffisamment entêtant pour ne pas aller y foutre les doigts à tout prix.
Aucune analogie avec ce que vous pensez en me regardant. Parce que moi au contraire je vais me pendre au câble, le déshabiller sans même manger ce qu’il y a dessus. J’aime l’essence du parfum. Celle qui te fous le feu en moins de deux. L’amour pyromane.
Pardon je vous ai tutoyé.
La pyromanie des sentiments. Quitte à vivre, autant flamber tout ce qu’il y a de vivant en nous à s’en dégorger le cœur. Demain on verra, demain je pourrais tout aussi bien y rester. Restez encore un peu!
J’ai toujours aimé les confrontations à même la peau, celles qui ne vous laissent pas le choix, pas le temps. La gifle de la spontanéité. Qui te fait remonter le coeur jusque dans la gorge et qui t’empêche de penser, qui te gèle la face, qui te fait arriver à cet état que d’autres essaient en vain d’atteindre avec leur yoga et leurs tapis.
Il faut que ça vive, que ça survive, que ça te fasse un silence plus grand que celui de Brocéliande en pleine hiver. L’expression corporelle abrupte, encore incandescente d’avoir effleurée le câble électrique, survoltée, statique, VIVANTE.
Je voudrais courir, marcher, exister, boire le verre à moitié plein et me faire l’autre à moitié dans le vide, distancer, essayer, fermer les yeux, inspirer, propulser, j’aime bien ce mot propulser il ressemble à l’infini qui s’élance, l’arbitraire, le corrompu, la transpiration des corps imparfaits, exigus, exigeants, existants, faire l’amour, refaire le monde, faire la vie, faire le parachute en lisant l’existentialisme à haute voix, me faire le parc Lafontaine en moonwalk, jeter un dollars dans le lac, faire dix vœux, arnaquer dieu, rire de tout, pleurer de rien, écrire, tatouer, jouir sur la glace, jouer de la guitare sous un arbre quand il pleut et chanter. Chanter vrai, chanter faux, hurler les paroles de stairway to heaven et réussir à jouer ces putains d’accords en même temps sans que ça ne se décale, je voudrais marcher toute une nuit pour aller ailleurs, commander un whisky on the rocks avec l’accent, le boire dans un café minable comme dans les films, rire, sourire, surrire et par dessus tout, vous écrire.
« Pardon? »
Bonjour Madame, on ne se connait pas, et si vous avez un peu de temps, j’aimerais vous parler , je sais que vous ne me connaissez pas mais je sais aussi que vous aimez écouter les autres, et je crois que c’est exactement ce que je vais faire pendant ces quelques minutes où nous sommes ensemble autour de cette table.

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2 Réponses to “”

  1. Antoine octobre 27, 2014 à 12:43 #

    J’aime beaucoup ce texte 🙂 joli style 😉

    • sismographe octobre 27, 2014 à 10:40 #

      Merci 🙂 Si je ne m’abuse c’est toi que j’ai croisé à mon expo brièvement à Lille. Si c’est bien ça; alors merci en plus de continuer à suivre mes évolutions!

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