Archive | novembre, 2014

Nouveau livre en cours, petit extrait

26 Nov

« Aujourd’hui on veut mettre une capote sur tout.
Aseptiser les sentiments. Contrôler. Les habiter alors que ce sont eux qui s’installent. Tout le monde veut savoir. Moi aussi. Savoir les sensations. Savoir les émotions. Rentrer dedans. Pénétrer la vie. Vierge pas effarouchée. Elle se laisserait encore prendre. La ville ouvre ses cuisses et tout le monde ferme les yeux. Je suis là. Je vais la prendre. Toujours. À bras le corps. Il pleut sur le bitume et j’ai soif. Il flotte mais tout est désert.
Vaporeuse ville, t’y es pour rien mais c’est trop tard. Je suis déjà parti. Loin. Égaré. Égratigné.
Montréal comme un râle. Mon râle. »

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25 Nov

Tout prend l’eau. Mois de Novembre agité. L’hiver serial killer, sorte de sélection naturelle au petit bonheur la chance. Il y a des violons qui hantent les pavés. Marcher devient tellement triste en Novembre. La neige souillée. Déjà partie, avalée par les pas pressés d’un monde qui s’en fou.
Pleurer au fond de la ruelle. Entendre l’hiver se foutre de ta gueule. Toi, pas armé. Pas prêt. Pas eu le temps du gilet pare balle. La blessure. A fleur des peaux.
Tant pis pour le printemps. Tirées. Les feuilles trop mortes sur les pavés trop seuls.

21 Nov

Je t’écris à toi, la seule qui ne puisse pas lire mes mots. J’écris pour toi, pour nous.
Tu n’imagines pas comment est la vie depuis que tu l’as abandonnée pour t’enfermer dans un silence immuable, insupportable, intenable. Je passe toutes les secondes qu’il me reste à penser à toi. A fermer les yeux en imaginant que tu t’avances, vers moi, comme avant, pour poser ta main sur mon visage. Tes doigts rugueux, tes doigts souverains, ta main ensorcelée qui elle seule sait m’apaiser.
J’essaie de ne pas trop respirer, j’ai l’impression que chaque bouffée d’air est juste une inspiration sans goût, sans ton parfum, sans l’odeur de tes foulards toujours noués à la perfection autour de ton cou.
J’en ai un, avec moi ici, tu sais. Tu me l’avais donné le jour de l’enterrement. Cette nuit où tu as dormi dans mes bras, tellement malheureuse. Tes larmes dans mon cou et moi, si petite qui voulais aspirer, prendre ta peine plus que personne ne pouvait le faire.
Je t’écris pour te dire que je n’arrive pas à te laisser partir. Tu le sens, tu t’accroches à des branches mortes, essayant d’attendre que je sois prête.
Mais je n’y arrive pas.
Je ne suis pas à la hauteur. Je me sens seule tu sais. J’attends la caresse sur mon visage, à chaque instant, j’attends que quelqu’un réussisse à prendre tout mon chagrin pour en faire quelque chose de bien. Mais je reste seule, portant, comme je peux, toute cette misère d’un monde qui n’existe plus.
Pars. Pars et viens traverser cet océan pour m’aider à comprendre, à accepter.
J’ai cette colère, contre la terre entière. Il ne faut pas que je retombe dans ces vieux démons. Il ne faut pas. Et pourtant, j’ai l’Envie, le besoin incontrôlable de tout détruire, de frapper les murs froids qui ne le seront jamais autant que toi, bientôt.
Je suis tellement loin. Je veux pas que tu aies froid. Je voudrais te prendre dans mes bras, t’insuffler des degrés, des souvenirs, tout l’amour d’un univers qui va tellement mal. Mon univers. Des bombes me pètent à la gueule chaque jour.
Dans ma tranchée tout est à l’étroit. J’ose pas aller combattre avec les autres. Ils sont forts, ils ont des armures et tout un tas d’armements super développés.
J’essaie tu sais, parce que je suis pas quelqu’un qui abandonne, de grimper, mais la flotte rend la terre glissante et je m’agrippe, je crois remonter juste avant de retomber. A chaque fois plus loin. A chaque fois un peu plus sous la terre.
Je me cache. Je voudrais être ailleurs. Loin d’ici. Je voudrais rêver, croire, sourire, oublier.
Mais ce ne sont que des mots.
Pas la vraie vie.

20 Nov

Je voudrais pouvoir arracher, déchirer, racler tout ce qu’il y a de mauvais en moi et le rendre à la face du monde. A nu, sans artifices. Jeter de l’essence sur les plaies de l’intérieur, que ça fume, que ça transpire, que ça te foute sur la gueule comme tu te fous de la mienne.
J’hurlerai tellement fort au plus profond de toi que tu te sentiras vide, résonnant, creux, insipide, vulgaire.
Je me lancerai à ta poursuite comme quand on court après sa jeunesse, son premier amour, sans m’arrêter jamais, avant d’avoir réussi.
Frapper le sol pour qu’il arrête de te projeter sur lui. Creuser, enterrer, recouvrir,  plonger les doigts dans la terre. Triturer ta présence, te crier ma rage incontrôlable, inguérissable.
C’est pas que tu brises ce que tu touches, c’est que tu détruit ce que tu regardes.
Alors ne regardes plus.

18 Nov

Fermer les yeux et parcourir des kilomètres de terre, d’océan, de saisons pour arriver jusqu’à toi.
Je n’ai jamais vu plus d’immensité que celle qui existe sous les paupières.
Je ne t’ai jamais autant regardé que dans l’obscurité de mes yeux scellés.

17 Nov

La pression primale. La tension monte. Les mains sont serrées et tu sens que même si tu le voulais tu ne pourrais pas dévisser le poignet, atténuer le coup. La peau toute entière s’encastre sur le mur. Ça tape, l’écho du cœur agité, affolé, suffocant. Vouloir laisser sortir un cri, lâcher tout ce qui t’entoure et te mettre à t’enfuir, loin, plus loin, plus profond dans la nuit qui s’est abattue dans les rues d’un seul coup.
Tu ne sais plus si c’est vraiment toi qui est en train de courir. Tu te regarde d’en haut. Tu te trouves con. Tellement con que tu t’arrêtes. Genoux à terre.
Tu ne sais même plus si tu dois rire ou pleurer. Même tes propres larmes essaient de te fuir.

Tu regardes au dessus de toi. Il n’y a rien. Rien.
Tu vas rester là, un peu. Imaginer être unique dans cette immensité déserte, regarder le noir limpide de cette nuit naissante, te sentir petit. Petit.
Matière première de seconde main.

13 Nov

Ne pas ouvrir. Ne pas ouvrir les yeux trop tôt. Les autres sont déjà partis et je reste seul, sur le banc du parc à moitié bouffé par les feuilles mortes. Elle est toujours belle la vie dans les parcs. Les gens, lorsqu’ils entrent dedans, ils changent de démarche, ils ralentissent, il regardent un peu plus.
Je garde les yeux fermés, du plus fort que je peux et j’imagine un vieux à côté. Fabriquer sa vie et sur quoi il réfléchi. Quand on a autant de souvenirs ça doit prendre du temps de se rappeler.
Moi je suis sur mon banc et j’ai le temps de penser à un vieux qui n’existe pas. Je n’ai pas assez de souvenirs.
Il est temps que tu arrives.

11 Nov

Au fond des yeux, j’aimerais savoir comment transformer l’eau, en vain.

11 Nov

La respiration empirique, projetés l’un contre l’autre. Les corps se heurtent, séisme, Richter est au sol.
Inspirer, inspirer au point d’en oublier d’expirer.
A travers ma main immobile, c’est son souffle qui me traverse. J’ai l’impression qu’il se passe une heure. Mais lorsque j’ouvre les yeux, son visage n’est plus là.
Ma main reste figée, comme pour s’ agripper à quelque chose mais l’air et toute son absence pèsent trop.
Je me sens mutilé, amputé de son souffle qui ne résonne plus contre ma paume.

8 Nov

Le trottoir me semble trop épais, le temps comme absent, les gens marchent vite tu ne trouves pas? Ils arpentent la rue avec conviction, et moi j’attends, je suis là, en avance parce que j’aime regarder les gens. Ils ne savent pas. Ils ne comprennent pas. Je respire, le casque presse contre ma tempe et ressasse les quais, sans la seine.
Je ferme les yeux au pied de la statue bienveillante de Cartier. Le parc est dense. Le parc est beau. Royal.
L’heure est grave. Tellement grave que j’ai à peu près l’impression que tout le monde va s’arrêter de marcher, de parler, de respirer, d’exister.
La musique ne s’est pas arrêtée. Je n’arrive pas à enlever le casque. Mes mains tremblent et je me dit que j’aurai toujours l’air d’un idiot, quoi que je dise ou fasse. Et ça, moi, ça me rassure.
Je me demande si tu me trouves idiot d’être là.
Dostoïevski aurait trouvé ça charmant. Les russes ont cette longueur d’avance lorsqu’il s’agit de tenir leurs promesses.