3 Mai

L’apparence est agréable. On pourrait croire, qu’avec sa gueule en bonne et due forme, elle n’aurait pas à vivre ce genre de crise existentielle dérisoire.

Pourtant, elle ne saurait plus compter le nombre de fois qu’elle a senti une pointe, vicieuse, s’enfoncer de manière indécente dans son estime, sa confiance. Elle avait alors perçu ce que voulait dire exactement, profondément les mots : « serrer le cœur », car la perception d’un muscle recroquevillé sur lui-même, atrophié de terreur lui revenait souvent.
Pas aimable, ou juste ce qu’il faut. Elle était persuadée que si tant est qu’elle n’était pas là, l’objet de ses pensées en profiterait pour lui faire mal. Elle préparait son armure des heures durant, et pendant qu’elle essayait en vain d’enfiler le lourd plastron de kevlar, les premières flèches perforaient. Un peu, pour les premières. Mais plus le temps passait, plus la lame était aiguisée et se frayait un chemin jusqu’à là où elle le savait, nul de pourrait la sortir.
La cigarette de quatre heures du matin au milieu de la ville silencieuse n’y faisait rien.
Son esprit se scindait du reste du corps et devenait alors sournois, méchant et lui soufflait, dès qu’elle osait fermer les yeux, des images toutes plus assassines les unes que les autres.
Rien. Même ne rien faire devenait une torture. Fermer, ouvrir, imaginer d’autres choses, tout la ramenait, comme deux aimants, au pire.
Une heure plus tard, elle finit par trouver le sommeil, mais même ici, alors qu’elle se repliait sur elle dans le lit trop grand et trop seul, son esprit la tortura avec plus de véhémence encore.
Elle vivait son pire cauchemar, habitée, transpirante. Pathétique.
Elle aurait souhaité qu’une balle de plomb lui perfore la mémoire.
Mais la roulette russe en avait décidé autrement. La cartouche explosa en plein dans sa confiance, la laissant bien vivante, dans les méandres oniriques les plus dégueulasses qui soient.
Incapable de déterminer si quelque chose pouvait l’apaiser.
La vérité lui semblait un costume trop grand pour les non-dits.
Les silences, des approbations à demi mots.
Le regard des autres, un véritable tribunal compatissant mais impuissant.

Cette cellule dans laquelle elle vit depuis sa naissance. Cette peur panique que, dès lors qu’elle aura baissé sa garde, on lui fera une curée en compagnie d’une horde de chiens boiteux et affamés, ne la quittait pas.
Une fois qu’elle réussissait enfin à prendre quelques pas pour reculer, bien des heures plus tard, elle comprenait un peu mieux. Mais la douleur aiguë et assourdissante subsistait.
Non. Les larmes ne couleront pas. Elle s’en faisait la promesse à chaque fois et réussissait tant bien que mal à la tenir.
« Rien. Plus rien ne devra me faire mal. » Et elle regardait le jour se lever depuis la fenêtre grande ouverte sur les rues inondées de lumière.
Elle savait qu’elle se mentait à elle même, que le chemin semblait infaisable puisqu’elle n’en trouvait pas d’issues. Mais elle avançait dans ce labyrinthe émotionnel. Marchant, attendant un miracle.

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