Archive | novembre, 2015
23 Nov

Je suis comme celles-là. Celles que l’on aime habillée. Celles que l’on n’aime pas abîmées.
Je n’ai pas du rouge plaqué sur les lèvres qui ne sont pas entr’ouvertes sensuellement comme une couverture de magazine.
Je n’ai pas de photos de moi dans une robe qui dévoilerai mes jambes et mes seins un peu trop. Je n’ai pas les cheveux qui se perdent sur les épaules et je ne sais pas faire de mouvement lubrifiants pour les yeux de ceux qui aiment ça.
Ce n’est pas que je n’aime pas ça. C’est que je ne sens pas cette légitimité. Ce pouvoir.
Mais lorsque je regarde, je ressens cette femme au fond de moi.
Cette femme imagine qu’on la regarde comme ces autres sont regardées. À ne plus penser à rien. À ne plus pouvoir détacher les yeux.
Je voudrais savoir comment être le philtre.
Je voudrais être ces femmes, même habillée. Même nue. Même en train de dormir.

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23 Nov

C’est long un an.
J’ai eu le temps de casser mes lunettes. Je crois que j’ai voulu arrêter de voir que tu n’étais plus là.

19 Nov

Elle s’élance vers toi. Fulgurante. Primitive. Elle te plaque sur le mur et tu vois ta vie défiler.
Cette place te semble la plus belle qui soit.
La place du passager.
Celui qui meurt en premier.

17 Nov

Fais-moi la peau dans la petite mort convoitée par les affamés d’exister

10 Nov

Pour que tu viennes m’enlever à ma réalité. Me sauver. Pour que je sois, au fond de tes yeux, plus précieuse qu’une vie après la mort. Plus indispensable qu’une paire de poumons.
Que je sois figée dans ta mémoire à te retourner sans cesse.  Être ton Orphisme.

2 Nov

Tu as posé ta tête sur mon corps. L’effervescence de ce simple geste, idéal. La puissance décuplée. Tu as traversé les couches de l’épiderme jusqu’à l’épicentre. Tremblements de ma terre. Le chaos dans un calme retentissant. J’ai le souffle qui éructe. J’inspire. Ça ne semble jamais vouloir en finir de me faire du bien.
Ta voix me dit que tu es bien. Je ne peux rien faire d’autre que de continuer cette inspiration exponentielle. J’ai l’impression de trier l’air qui m’entoure pour ne prendre que l’oxygène. Celui que tu viens de donner à ma peau, en lui parlant si près. La chaleur de tes paroles qui coule, lentement sur la chair.
Ma main te prend dans ses bras. Le visage s’appuie davantage. Je m’écroule dans ce plaisir qui te ressemble. Je souris. Nuls doutes que tu entends le capharnaüm dans la cathédrale thoracique. Le silence et le bruissement des fanfares d’un seul cœur.
Il passe à travers toi. Il est encore plus beau. Grandiloquent. Majestueux dans sa religieuse existence.
Tu transformes le moindre de mes soupirs en grandiose.
J’ouvre les yeux.
Un seul être vous manque et tout est fantasmé.

2 Nov

Serre moi au plus profond de toi même.
Presse-moi comme un de ces vieux tubes de dentifrice. Qu’il ne reste plus rien.

2 Nov

Les gens disent qu’on ne change jamais vraiment. Que nous sommes prisonniers dans cette réalité qui s’accroche à nous comme une croix lourde, imperturbable et immobile. Si l’on y regarde de plus près, on voit s’amarrer le long des quais la longue liste d’attente de ceux qui aimeraient poser la croix comme on jette l’ancre. Quitter le navire. Sauter. Couler au fond peut être. Ou nager plus loin.
Je ne me souviens plus de ma première croix. Un chapelet, léger, avec le quel on peut courir.
L’acier trempé à force de larmes.
La croix fait ses gammes. On sent que le pire est à venir.
On devient plus dur, ou plus faible, dépendamment de la perspective que les autres prennent pour nous regarder.
On marche plus lentement. On traîne le fer sans trop de convictions. Par obligation.
Deux croix qui se rencontrent. Plus et plus égal moins.
On est plus léger. On apprend à compter, à porter, à supporter et à défaut de croix, on croit.

Il me semble avoir découvert, ce jour là, que même si la plupart des esprits éclairés se plaisent à dire que l’on reste seuls, que l’amour ne doit pas être une fusion au sein de laquelle on ne se retrouve plus, pour moi il était évident que l’ablation d’une partie de mes souffrances en était la conséquence directe. La phrase est tellement longue. Elle ressemble à mes vieux livres de philosophie.

J’aime cet amour qui te sors de ton agonie. Qui te place si haut que la chute pourrait te tuer. L’adrénaline des sentimentaux. Un poison au goût d’héroïne plaqué entre deux veines, qui tente de se frayer un chemin. Addictif.
J’aime cet amour, cette drogue qui à une durée de vie différente en fonction de ceux qui la prennent. Cette loterie. Ces perdants malheureux, ces suicidés par la beauté. Crucifiés pour la première fois. Les premiers amours plantent toujours plus de clous que les suivants. On dirait qu’ils aiment apposer leur marque, qu’ils veulent dresser des cicatrises gargantuesques pour que le prochain les vois. Pour être inoubliables. Le premier trip comme la première guerre que l’on a perdu.
Comme tous. On espère la dernière guerre. À devenir collabo de son propre cœur pourvu qu’il nous en trouve une qui soit exactement comme on l’avait rêvé. Celle qui est toi. Celle qui n’attend pas que tu lui fasses battre le cœur. Elle vient les chercher les battements, les prendre à même ta peau. Elle se répand en toi et cela paraît, au fond, tellement normal. Vos ombres se confondent et elle te semble tellement loin encore. Tu voudrais la toucher comme le mot le suggère. Avec les lettres, avec les mots.
Parce que tu n’as que ça.
Tu aimes tellement écrire.
Tu voudrais qu’elle fasse l’amour à chaque lettre que tu lui envoie. Que tes phrases ricochent au fond d’elle. Qu’elle te supplie encore d’écrire et de lui lire.
5 heures. Pas dormis. Tu es là comme un con à lui lire tes mots et elle ne cligne pas des yeux. Ne s’endort jamais. Elle sait.

Elle sait que dans chaque mot qui est écrit, c’est un fragment de toi que tu lui donnes. Que c’est la carte, la clé, le morceau, le Graal. La seule explication digne de foi et digne de témoigner de ton existence.
Entre deux phrases, il t’arrive de croiser son regard. Avide, concentré, amoureux.

Tu l’embrasses. Et c’est comme si d’un seul coup, tous les mots que tu lui avais lu existaient, vivaient entre vos lèvres. Passionnées. Tu voudrais lui faire l’amour en récitant tes mots. Peut-être que vous êtes en train de le faire. Tu ne sais plus, mais quand elle t’a demandé de continuer, dis-le-lui.
Dis-lui que tu as su.

2 Nov

Ta vie sentimentale va mieux. Tu te sens beau, tu te sens fort et tu as l’impression que même dans dix ans, ce sera toujours ce demain impeccable et immaculé. Tu n’es pas à l’abri mais tu te sens dans un bunker allemand.
T’as pas assez étudié l’histoire. Les bunker ça ne gagne pas à la fin mais au fond, là, maintenant tu t’en fou.
Elle efface les doutes, les peurs, les craintes d’un regard, d’un geste et d’une parole. Le bunker fera très bien l’affaire pour le moment.
À cet instant tout semble coordonné, impossible à dévaster.
Jeudi matin, elle est partie en fermant la porte. Elle t’a embrassé rapidement. Adverbe incompatible.
La première oxymore du couple.
T’as pas réussi à te rendormir.
Tu t’es levé, a préparé le café, essayé de penser à autre chose et puis tu as oublié. Tu l’as embrassé passionnément le soir venu, comme pour effacer définitivement cette figure de style de vos visages encore amoureux.
Pourtant, chacun de ses gestes est devenu plus lent, moins touchant. Elle te prend la main mais ne la traverse plus avec force. Tu la regarde prendre sa tasse de café en passant à côté de toi, tentant de mettre une sorte de filtre pour ne pas voir ce qui pourtant, te saute aux yeux.
C’est peut-être l’habitude, c’est peut-être quelqu’un d’autre. C’est peut-être rien. Non ce n’est pas rien. Tu deviens maladroit, peu confiant. Tu as l’impression que tu pourrais être expulsé de ta propre vie.
Elle, elle continue de vivre et, plus tu la regardes plus tu as envie de lui demander, de savoir, de comprendre.
Personne ne nous a jamais vraiment dit que l’on ne comprendrait jamais. Que la vérité que l’on se promet avec tellement d’étoiles dans les yeux n’est que de l’artifice.
C’est humain. C’est normal. Mais la douleur qui te prend de part en part, elle est inhumaine.
Comme un immense puzzle, elle se détache, pièces par pièce comme si tu n’allais te rendre compte de rien. Spectateur impuissant, tu as tout essayé.
Mais rien ne s’emboîte comme cela le devrait, tu brises le peu de pièces que tu essaies de toucher. Tu fais pire que mieux, essaie de parler, de comprendre.
Je t’avais dit qu’il n’y avait rien à comprendre. Tu la regardes se disperser et tu es le témoin privilégié de ton impuissance.
Tu essaies la distance, le rejet, la passion, la tendresse et tout le répertoire des synonymes proches ou non de ce qui s’apparente à de l’amour. Regarde toi bien. Dans le miroir, chaque matin à te demander ce qui pourrait inverser, revenir en arrière. Tout, tout pour ne pas t’exploser le cœur encore une fois.

Il n’y a rien a faire de plus. L’instant T est arrivé. Celui où l’un d’entre vous bascule dans un endroit que l’autre ne connaîtra jamais.
C’est cela l’amour. C’est prendre un risque en pensant pouvoir l’éviter. En se croyant plus malin, plus fort, plus endurant que tous les autres. Et finir au même point.
Un peu ravagé.
Tu vas te reconstruire car ils le disent tous. Ce n’est pas ce que tu as envie d’entendre. Tu es anéanti par de l’invisible. Tu rampes plus bas que terre, embourbé dans ce tas d’émotions informes qu’elle prendra pour de l’indifférence ou pire, de l’attachement.