2 Nov

Les gens disent qu’on ne change jamais vraiment. Que nous sommes prisonniers dans cette réalité qui s’accroche à nous comme une croix lourde, imperturbable et immobile. Si l’on y regarde de plus près, on voit s’amarrer le long des quais la longue liste d’attente de ceux qui aimeraient poser la croix comme on jette l’ancre. Quitter le navire. Sauter. Couler au fond peut être. Ou nager plus loin.
Je ne me souviens plus de ma première croix. Un chapelet, léger, avec le quel on peut courir.
L’acier trempé à force de larmes.
La croix fait ses gammes. On sent que le pire est à venir.
On devient plus dur, ou plus faible, dépendamment de la perspective que les autres prennent pour nous regarder.
On marche plus lentement. On traîne le fer sans trop de convictions. Par obligation.
Deux croix qui se rencontrent. Plus et plus égal moins.
On est plus léger. On apprend à compter, à porter, à supporter et à défaut de croix, on croit.

Il me semble avoir découvert, ce jour là, que même si la plupart des esprits éclairés se plaisent à dire que l’on reste seuls, que l’amour ne doit pas être une fusion au sein de laquelle on ne se retrouve plus, pour moi il était évident que l’ablation d’une partie de mes souffrances en était la conséquence directe. La phrase est tellement longue. Elle ressemble à mes vieux livres de philosophie.

J’aime cet amour qui te sors de ton agonie. Qui te place si haut que la chute pourrait te tuer. L’adrénaline des sentimentaux. Un poison au goût d’héroïne plaqué entre deux veines, qui tente de se frayer un chemin. Addictif.
J’aime cet amour, cette drogue qui à une durée de vie différente en fonction de ceux qui la prennent. Cette loterie. Ces perdants malheureux, ces suicidés par la beauté. Crucifiés pour la première fois. Les premiers amours plantent toujours plus de clous que les suivants. On dirait qu’ils aiment apposer leur marque, qu’ils veulent dresser des cicatrises gargantuesques pour que le prochain les vois. Pour être inoubliables. Le premier trip comme la première guerre que l’on a perdu.
Comme tous. On espère la dernière guerre. À devenir collabo de son propre cœur pourvu qu’il nous en trouve une qui soit exactement comme on l’avait rêvé. Celle qui est toi. Celle qui n’attend pas que tu lui fasses battre le cœur. Elle vient les chercher les battements, les prendre à même ta peau. Elle se répand en toi et cela paraît, au fond, tellement normal. Vos ombres se confondent et elle te semble tellement loin encore. Tu voudrais la toucher comme le mot le suggère. Avec les lettres, avec les mots.
Parce que tu n’as que ça.
Tu aimes tellement écrire.
Tu voudrais qu’elle fasse l’amour à chaque lettre que tu lui envoie. Que tes phrases ricochent au fond d’elle. Qu’elle te supplie encore d’écrire et de lui lire.
5 heures. Pas dormis. Tu es là comme un con à lui lire tes mots et elle ne cligne pas des yeux. Ne s’endort jamais. Elle sait.

Elle sait que dans chaque mot qui est écrit, c’est un fragment de toi que tu lui donnes. Que c’est la carte, la clé, le morceau, le Graal. La seule explication digne de foi et digne de témoigner de ton existence.
Entre deux phrases, il t’arrive de croiser son regard. Avide, concentré, amoureux.

Tu l’embrasses. Et c’est comme si d’un seul coup, tous les mots que tu lui avais lu existaient, vivaient entre vos lèvres. Passionnées. Tu voudrais lui faire l’amour en récitant tes mots. Peut-être que vous êtes en train de le faire. Tu ne sais plus, mais quand elle t’a demandé de continuer, dis-le-lui.
Dis-lui que tu as su.

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