Archive | mai, 2017
31 Mai

Mes pas, pavés d’attention. Essayer d’avancer. Ne pas entendre ce bruit sourd des pieds foulant le sol.
Des pieds dans un vide si grand qu’il s’ancrent dans un vacarme silencieux mais étouffant.

Je sonne creux mais je dois me remplir.
Allez vas-y, donne moi tout ce que tu veux, des cris, des paroles, des mensonges. Laisse-moi avaler et déglutir pour ne plus sentir l’écho maladroit des fins de semaines.
«Restez chez vous, souriez, pensez à ces tonnes de corps que vous allez baiser, dévisager, à qui vous allez porter l’empreinte de votre liberté. Il parait que ça fait bien.
Autant que de vider les bières, les verres et les bouteilles de vin.
Autant que d’instagramer son ivresse, son cul, ses amis, ses faiblesses.»

T’as vu le ciel est lourd dans cette insignifiance meurtrie.
Mon regard et mes peines d’amour comme une rivière dans plusieurs lits.

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11 Mai
J’ai commencé à courir, comme happée par un souffle nouveau sans regarder où je mettais les pieds, les mains, le coeur.
Le coeur? Il est là pour faire beau. Il décore le reste de mon corps mais je n’arrive pas à le faire repartir. Comme les aiguilles des montres des défunts qui s’accrochent à la dernière seconde, puis qui s’immobilisent.
Il fixe, par intermittence, le spectacle de mon quotidien. Le spectacle de ces larmes matinales, de ces crises nocturnes, de ce silence le soir, de cette brosse à dents solitaire, errante.

Les brosses à dents , c’est le moyen le plus sûr de te rappeler trois fois par jour que tu es seul.

J’ai gardé la sienne dans le placard de la salle de bain. Pas comme si elle allait revenir, mais parce que je me suis séparée de tout et jeter cette relique serait le denier acte.
Je parle toute seule, aux meubles, au chien.
Je dis bonne nuit mon amour comme si rien n’avait bougé. Je me fais penser à ceux qui se refusent à redécorer la chambre de leur fille disparue il y a 5 ans.
Mais il n’y a pas d’écho dans les chambres des Petites Italies Montréalaises.
Alors je me mets à faire mille travaux, ma brosse à dents dans la gueule, pour éviter l’affront du miroir. Alors je m’endors entourant l’ordinateur de mes bras, me réveillant au contact du métal à trois heures du matin. Tous les matins.
Alors je mets de la musique pour que ne résonnent plus les minutes passées assise sur le champ de bataille.
Comme un mémorial sur lequel on pisserait bien, mais où l’on ne fait que pleurer les fleurs que l’on y mettra jamais.
10 Mai

J’ai crié sur les toits de toute la ville. Une ruée vers l’aurore. Mais mon écho reste silencieux. Si tu savais comme je les hais ces blessures qui blessent d’autres que moi.
Si tu savais comme les gifles que je me donne ne sont pas assez dures pour me réanimer.

Mais de la violence on ne perçoit que la douceur. Une caresse à peine insistante, tu sais comme lorsque l’on caresse trop une partie du corps et que ça en devient douloureux.
C’est de cette violence là dont je te parle.

La violence d’un sourire qui te regarde.

La violence d’un regard qui ferme les yeux, juste avant de t’embrasser.

Mais le vide et sa douceur presque insupportable me regardent et me prennent de haut.
Vu la bassesse des jours de mai, c’était plutôt prévisible.