Archive | juin, 2017
26 Juin

Ceux dont on ne peut jamais se défaire.  Ces idéaux manqués qui marquent. Tu sais de quoi je parle. Tu peux te prendre les pieds dans tous les corps, tenter immanquablement de construire des monuments, des arcs de triomphe témoins de tes évolutions, si tu croises son regard tu y mettras des bombes toi-même pour tout faire sauter.

Je te parle des amants-aimants. Ils s’aiment, s’attirent mais peuvent aussi se rejeter avec une telle force.
L’ombre des autres, tu ne la vois même plus. Il ne faudra pas s’aimer car s’aimer en vrai, c’est se détruire. Il faudra faire semblant de prétendre la légèreté pour que rien ne pèse sur les coeurs. C’est bien ainsi, tu te le dis.
En France, ils diraient que c’est écoeurant cette histoire.
Au Québec, on dirait que c’est écoeurant cette histoire.
De tous les sens qu’on lui donne, à toi de choisir ta patrie.
Mais de toi à moi, même l’âme en peine, l’amant en vaut toujours la peine.

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Entracte percutante

20 Juin

19 Juin

Les jours semblent ne plus avoir de prénom, asexués, sans identité. Leur rassemblement me fait de plus en plus penser à une manifestation bon marché contre la construction d’un aéroport pour protéger un écosystème mort depuis longtemps.

Il pleut ici, comme Barbara l’a chanté à Nantes, mais aussi à Montréal.

Montréal sonne comme un affront à ses plus belles promesses.
Il est tard ici déjà. Il est tard depuis l’éternité et je n’ai plus soif d’autre chose que du vide des fin de semaines. Que des verres entassés qui sont là pour me rappeler que tous ces visages qui épousent ma capitale ne m’arracheront pas un regard.

Je fixe le vide en vous imaginant le remplir et faire du quotidien quelque chose qui vaille enfin que je lève les yeux. Le sol avale la pluie comme il peut, recouvrant mes souliers comme pour essayer de me fixer au sol. Mais les rêveurs ne touchent jamais le sol, il n’y a qu’à me regarder pour le voir.

Suspendu à vos lèvres inexistantes, à vos paroles silencieuses.
Suspendu pour les prendre tous de haut.

Car il n’y a que devant votre regard que je ne baisserai pas les yeux.
Nous avons assez perdu de temps par ma seule faute.

Je vous aime. Je vous pense chaque seconde.
Et entre ces mêmes secondes, j’ai encore de la place pour rêver de vous embrasser à nouveau.

19 Juin

Le temps s’est arrêté.

Ivre de ce face à face avec mes plus belles erreurs.
Votre visage saisi le moindre de mes pas, je marche à contre temps d’une année sans saveur. Les parfums boisés salés prennent les doigts incertains.
Je fume trop mon amour. Mais c’est pour que ma main tienne autre chose que la votre. C’est une béquille. Je prend l’eau mais pas la mer.
Sur le quai, des murs Berlinois. La guerre est froide et j’ai des Mariannes plein les poches. J’abats les murs, attendant de remonter le temps. La paix.

De la blancheur, des spasmes d’existence, un ailleurs demain pour prendre l’eau.
Ma résidence, c’est vous.
Et chaque coin de rue se mure dans un silence. Des rues aux accents de l’italien des bords de lac, aux relents du vide qui y résonne depuis des mois.
Le bout du monde, pour s’y jeter. Dans vos bras ou de la falaise. Pourvu que votre visage soit celui que je vois en ouvrant ou en fermant les yeux.

Je suis à vous. Je reste à vous. Je ne m’oublie que près de vous pour enfin me retrouver.

15 Juin

Dans tout ce que l’on ne dit pas, il y a ce que je transpire. Ces lendemains imbibés d’erreurs, les aubes que l’on voudrait ne jamais voir mourir.
J’ai mal à me faire baiser dans la paume de ta main.
Les hasards font mal les choses, ou peut-être est-ce moi.
Ton écho m’indiscipline. Des coups de cravache dans les sourires, des coups de ceinture dans les intimités.
Ta main, ses doigts qui s’étendent jusqu’au dedans la peau.
L’apaisement est parti en même temps que nous.
Je voudrais te voir, mais te voir c’est accepter que tu repartes.
Un horizon amputé de nos certitudes, c’est un mur.
J’ai peur du vide mon amour. J’escalade la pierre, les doigts dans la prise.
Crampes de chair qui m’empêchent de tenir.
Tu n’es là que lorsque je m’effondre.
Triste constat, mais si tu m’avais vu en haut du mur.
J’attendais, j’espérais que tu me vois.
T’aurais vu ça, j’étais presqu’un roi.

13 Juin

Non je ne sais pas. Je ne sais pas comment réapprendre à marcher depuis que nous nous sommes littéralement brisées contre l’avenir.
L’avenir, il est bien plus dur que le béton, crois-moi.
Il te regarde de haut, te fait de grands sourires, te fait le chant des sirènes. Des chants pour mieux courir après les rochers. Des chants pour mieux s’aventurer sans faire attention.
Pourquoi faire, c’est écrit dans les livres, et tout le monde s’en fout.
On retourne voir les mêmes récifs, on se fait des triangles des Bermudes comme on avalerait la bouteille entière juste parce que l’on se pense plus fort.
Mais la vérité c’est que je suis paralysée. Je regarde mes membres qui ne savent plus nager, se sauver, se noyer, se lancer, se rétamer, se faire la belle, se faire tout court.
Alors je continue à boire. Et plus je bois plus je sens la fragilité s’émanciper à tout mon corps.
On appelle ça la maladie des eaux de verre.

12 Juin

Tu l’as déjà ressenti toi, cette émotion qui te fait comprendre que tu as les entrailles pare-balles. Que tu renfermes sur toi, à même la peau, comme une greffe de terreur, des murs.
Tu as Berlin dans le sang, sur le corps et partout des armées qui s’évertuent à superposer les pierres.
Ne pas se sentir réunifié. Tu voudrais être capable de respirer sans retenir l’air qui sort de toi. Mais même donner l’oxygène à l’univers est terrifiant. Donner c’est prendre le risque d’affaiblir les murailles.
Tu ne te souviens plus du sentiment d’abandon. Tu ne te souviens plus de ce que ça fait de s’endormir entièrement étendu sur un autre corps. Coaguler sur la tiédeur de sa peau.
Tu attends, quelque part comme tout ceux qui gravaient de leur coeur les pierres d’une Allemagne divisée, la révolution insoumise. La force d’un barrage qui explose.
Les yeux rivés dans le miroir de la salle de bain. N’être même pas capable de se laisser soi-même rentrer au fond de soi.  

Il disait «Demain peut-être.
Dans demain il y a la vie.»

Pour des murailles faire un jour l’amnistie.