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8 Fév

Absence d’un mois à venir.

 

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30 Jan

Tu les aurais vu, l’audace des gamins ensemble.
Les gestes, les paroles.
Masques qui rient, qui montrent du doigt et qui ignorent qu’avec leurs ongles de gosses il creusent les tranchées.
Celles qui remontent par la trachée.
Celles qui les larmes font couler.
Celles dont on ne parle jamais.

C’est peut-être ma faute.
On finit par se le dire.
On pense qu’on ne se le dira plus jamais.
On pense trop.
Les coups silencieux, qui résonnent, vingt ans après.
À te foutre de migraines monumentales.
Pendant qu’ils ne se souviennent plus de toi.
Mais moi, je n’ai pas oublié
Et chaque geste trop haut, chaque insulte, chaque parole
Est un ricochet sur leur champs de bataille.
Décuple le souvenir de n’avoir rien dit.
De les avoir laissé faire.
Et d’avoir juste su pleurer.
Aux confins de la stupidité des émotifs
Qui perdent les eaux du regard
Comme pour accoucher encore, faussement mais sûrement.
25 Jan
Non, je ne me retournerais pas sur toi dans la rue.
Tu sais pourquoi?
Parce que je ne t’aurais jamais laissée passer.
19 Jan

Elle était entrée.
J’ai senti d’un seul coup se dresser minutieusement l’épiderme.
La sensation monumentale, mais silencieuse.
Le premier regard.
Au travers la vitre d’une station de métro.
Le silence. Puis sa voix.
Un nouvel instrument. Les vibrations inconnues
On se demande toujours si cette voix finira par faire écho, par éclore au fond de nous-même pour devenir différente des autres.
J’ai senti ma main trembler légèrement, mais ne jamais bouger.

Elle était entrée.
Trois heures à l’aube entre les quatres murs de l’appartement.
Les souffles essouflés.
La sensation d’entrer par effraction dans une cathédrale.
Le silence. Puis sa voix.
On se demande toujours si ce corps finira par être l’Arche familière, si les parfums nous feront fermer les yeux puis prendre une profonde inspiration.
Comme lorsque l’on rentre chez soi.
J’ai senti mon corps perdre pieds.

Elle était entrée.
Alors que nous nous échappions dans la ville nappée d’obscurité
Qu’abritées, sous la veine lumineuse d’un ciel nous tendions les mains pour le toucher. La sensation de parler avec la voix que l’on a toujours voulu entendre.
Le besoin des paumes de se toucher. Encore.
Le soulagement.
Celui qui veut dire : «tu es enfin là».
La certitude que je ne rentrerai pas chez moi.
Pas après avoir partagé le spectacle invraisemblable du ciel qui se tait, à son bras.

Elle était entrée.
Premières larmes. Sanglots du passé qui essaie, en vain, de desserer les liens. J’ai regardé mon ombre se replier sur elle-même avant de vouloir m’enfuir.
J’ai senti sa main agripper mon épaule, et j’ai pensé
Plus jamais je ne laisserai une vitre en nous.
Elle n’a pas laissé mon visage se défaire du sien.
J’ai souri au fond de moi, sans le montrer.
Au fond de sa délicatesse, j’ai accepté de respirer
Sans retenir mon souffle.

Tu étais entrée.
Tu es ici, chez toi.
Le visage que tu caresses le matin restera près de toi.
La voix qui te parle doucement et parfois trop fort continuera de s’adresser à toi.

Le corps qui se fend quand tu le touches ne cessera de s’émouvoir à chaque contact avec le tien.
La bouche qui se fond sur la tienne ne cessera de le faire avec ce coeur qui s’agite.
Pas parce que c’est nouveau.

Parce que c’est réel.

16 Jan
Claquer la porte et recouvrir l’air de notre inconscience.
Tu t’en fous, tu me dis que l’on a plus vingt ans.
Défaire les draps.
«Les lits conventionnels, ça manque de savoir-vivre.»
Tu as ri.
J’ai vu l’atmosphère entière entrer dans ton expiration.
Tu retenais un peu ton souffle. Comme une première fois.
Il faudrait que je te dise que je suis capable de retenir le mien chaque jour de notre vie.
Mais il n’y a pas de notre vie.
Il n’y a que ce maintenant. Ce jour le jour.
Demain n’existe que dans les yeux des autres.
Dans les miens, tu veux saisir l’étroitesse d’un temps impassible.
J’ai les mains qui palpent chaque seconde.
Je ne tiens rien.
Pour un idéaliste incommensurable, c’est faire sa Cartesienne.
La flamme de la bougie se consume sur la table basse.
Sablier de feu.
Jours opulents.
Un étreinte en aveu
Nuits de ciment.
Demain au regard de la flamme abîmée par le temps,
Le savoir-vivre.
16 Déc

Imagine les touches lisses, magnétiques des pianos enivrants que tu rêves de toucher. La stature imposante de ce couvercle relevé, la surface presque maculée de satisfaction silencieuse.
Tu portes tes mains sur cette lumière encore endormie.
Premier contact. Enivrant, décadence, souvenir, nouveau, perfection perforante, arc-en-ciel, en terre, en mer, en tout ce que tu veux. Ton coeur ne bat plus, il se débat pour calmer ses intuitions manichéennes.
Le bien, le mal. Tu me fais tellement de bien que ça fait mal. Tu connais ce sentiment.
Il t’est déjà arrivé de le fantasmer, rêver, implorer, simuler.
Les touches s’entichent de tes doigts.

Second contact. La paume de ta main prend appui sur le monde pour donner l’impulsion au premier son. Comme le cri d’un gosse. C’est un nouveau-né. Mais il n’est pas de toi. Tu n’aimes pas cette sonorité décalée. Peu harmonieuse. Difficile. Sûrement un bémol.
C’eût été si facile de se foutre des blanches au bout des doigts.
L’Harmonique.
Et toi, tu te heurtes au bémol de mon existence. Une touche moins affirmée. Qui sans les autres, n’est qu’un son inarticulé qui pourrait être merveilleux.

Mais qui ne l’est pas,
Je voudrais sonner mieux. Mais sans tes mains, il n’y a que ceux qui lisent la musique qui sont aptes à déceler mon importance.
Tu veux le meilleur?
Il n’existe pas de partition pour me lire.
Tu devras apprendre à aimer le son bancal avant d’y voir le miracle.
Tu devras accepter la sonorité larmoyante de ce gosse qui reste prostré au fond du couloir. Persuadé qu’à la moindre occasion, on le laissera là.
Persuadé que les autres touches sonnent mieux. Que seul, il est juste un bruit. Un grésillement. Quelque chose qui défenestre l’ouïe à force d’essayer d’y voir le beau.
Je penserai à tes mains, chaque jour de mon existence. Comme la promesse d’une caresse qui saura un jour dompter les craintes, rassurer les peurs, faire taire le vacarme bémol
Je penserai à tes mains, qui panseront ma peur de sonner faux, pour me faire résonner dans toutes les églises que tu voudras toucher à pleine paume.
Je penserai à demain, quand tu ne regarderas plus les autres touches pour y deviner des symphonies. Et qu’avec mon seul requiem, tu réinventeras l’harmonie.
14 Déc

Il me semble qu’hier encore était le commencement.
J’y revois, gravé au fond de la pièce, tes paroles qui me tendaient leurs belles paroles.
J’y croyais comme on y croit les premiers jours.
Je n’y croyais pas.

Je connaissais trop bien les déceptions des regards qui promettent des soleils mais qui ne peuvent pas changer une ampoule.

Alors, tous les jours, tu faisais ce chemin pour aller chercher l’éclat et le mettre quelque part en moi.
J’ai vu ta détermination à me faire sentir différente des autres.
J’ai senti tes mains serrer le plus fort possible les plaies pour les faire hurler, puis se taire.
J’ai vu ton sourire, et j’ai vu tout s’effondrer autour pour ne laisser que toi.

J’ai pris la main que tu me tendais.
J’ai osé fermer les yeux alors que tu me faisais traverser la vie. J’entendais la vie des autres, j’entendais les chutes, les larmes, les doutes.
Tu as serré ma main plus fort.
J’ai osé croire aux ampoules, aux soleils, à l’incandescence d’une seule personne.
Tu m’as laissé marcher seule, les yeux fermés.
Tu m’as dit que je devais me faire confiance.

Lorsque je suis tombée, tu m’as laissée me relever. Tu ne me quittais pas des yeux.
J’ai senti la chaleur sur ma peau.
J’allais dans le bon sens.

Tu m’as repris la main.

J’ai tourné la tête, comme on le fait en bagnole, et qu’on regarde la personne que l’on aime.
Tu n’as rien dit.
Mais j’ai tout entendu.

6 Déc

J’ai pris ma mémoire infantile, quelque chose qui est là depuis toujours, qu’on ne remarque plus.
Un vase, une table, le divan.
Un meuble.
Quand on ne sait pas où mettre les mains pour ne pas faire tomber, retourner, enfoncer. Déplacer.
Et d’un seul coup, au fond de l’âme, l’amnésie.
La douleur sans savoir pourquoi. La peur, amputée de ses dix doigts.
Intenable.

Ça me glisse entre les mains.
Mais tu sais, j’essaie. J’y fous la bouche pour déchirer les morceaux qui ne servent plus à rien.
Pour que tu sois fière.
Pour que personne dans tes yeux ne soit plus beau, plus fort, plus grand que moi. Même si l’amour ne se mesure pas.
Pour que personne n’ai l’air de mieux se débrouiller avec ces cicatrices, j’appuie dessus très fort pour que tu ne les vois pas trop.
Je souris avec ce visage que tu connais et auquel tu ne crois pas vraiment.
Mais c’est comme lire une langue inconnue.
Tu ne peux pas comprendre.
À peine déchiffrer. Je ne suis pas un livre ouvert.
Ce n’est pas  toi que j’en veux, c’est à moi.
De ne pas savoir, comme on le faisait avant, déverser l’alcool sur la plaie pour qu’elle disparaisse.
De ne pas savoir mettre les mots dessus.
De ne plus savoir où sont les souvenirs pour les effacer.
D’avoir peur.
Mais de ne pas savoir où aller la chercher.
4 Déc

Tu m’avais dit : «j’ai hâte du moment où je te regarderai et où je te connaitrai».
Les choses deviennent familières.
Ton regard dépose maintenant une sorte de film protecteur sur moi.
Tu me regardes.
Tu me connais mieux.
Chaque jour.
Tes mains, souvent perdues dans mes cheveux.
Juste pour me faire du bien.
Juste pour moi.
Nos rires qui cognent contre les murs de ton appartement.
Ce n’est plus pour rire. C’est très sérieux.
On ouvre les yeux à cinq heures du matin. Pas assez proches.
Besoin du contact comme quelque chose d’inévitable.
Tu te serres contre moi.
Je respire mieux.
Nous dormons les yeux ouverts pour mieux se regarder avant de replonger.
Je voudrais ne pas connaître la fatigue.

Tu m’avais dit : « je ne veux pas que tu t’endormes, on ne se verra plus sinon»
Je me suis endormie, mais ce matin, je comprends l’amertume de ces regrets.
J’aurais voulu veiller toute la nuit à ne rien faire avec toi.
J’aurais aimé avoir cette force.
Je suis partie, embrassant tes yeux ouverts endormis, fermant la porte sur la seule raison que j’avais de me lever ce matin.
Je me suis promis d’apprendre à moins dormir.
Moins dormir pour sourire
Moins dormir pour rester vivre près de toi.
Car si ce matin je ne suis pas fatiguée, il résonne en moi et autour de moi le bruit de ton absence et des regrets de ne pas avoir été noctambule.
Demain, faire de tes nuits les yeux ouverts mes opportunités de partager ta vie.
Demain.
20 Nov

Bien sûr que j’y pense.L’amnésie n’est pas une option dans les sentiments. Si tu peuples mes nuits à défaut de ne pouvoir submerger mes jours, il ne me reste que le marc du café pour forcer mes insomnies.
Je n’ai pas le choix que de tirer un trait, mettre le blanc dessus. Gratter la surface pour parfois y voir encore ton prénom. Me rappeler sa sonorité familière. Puis plus rien.
Les souvenirs, c’est accumuler l’amertume au fond de la gueule mais ne pas vouloir les recracher. Les recracher ce serait les voir sortir de soi.
Je ne veux pas oublier. Les souffrance mais aussi les instants plus salvateurs.
Les ruptures, ce sont les points de suture de l’esprit. Ils sont justes toujours là, quelque part à tirailler des morceaux de soi. Ils marinent entre la colère et la nostalgie. Entre les larmes et les rires. Entre l’indifférence et la stupéfaction.
À disséquer la peine comme on analyse une toile dans un musée. Passer à la salle suivante. Oublier les toiles mais jamais la lumière de cette salle au accents de renaissance. Ou de Sécession. Je ne sais plus.
À enterrer à coups de pelle le moindre souvenir trop délicat.
À te cracher à la gueule pour ne pas perdre la face.
À s’empêcher de dormir, parce que la nuit déforme les mouvements de mon coeur.