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30 Mai

La première question que les gens posent en général lorsque l’on dit que quelqu’un habite notre cœur, c’est toujours « depuis combien de temps? ».
Comme des bons points accumulés permettant d’obtenir l’image stable et irréprochable de ceux qui vont durer.
Tu t’es toujours senti gêné de donner une raison, un nombre, comme si le couperet allait tomber et le jugement serait probablement sans appel. Petit. Doit faire ses preuves. Cause perdue.
Puis aujourd’hui, alors qu’elle n’est même pas avec toi, tu en a parlé comme la seconde partie de toi.
Et à cette question tu as répondu : « probablement depuis toujours ».
Et d’un seul coup tout s’est envolé. La peur. Les points. La belle image lisse et sans bavures.
Quantifier cela, y mettre un chiffre, c’était inutile. « Toujours » répondait parfaitement à l’évidence insolente et délicieuse. Dressait son doigt contre la bienséance, les autres, le temps qui passe.
Toujours serait le seul chiffre qui vaudrait la peine d’être préservé et pour lequel il faudrait se battre.

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24 Mai

Ça lui avait pris tout son courage pour ouvrir sa grande gueule et la faire sa déclaration.
Pourtant, au moment où la bouche s’est ouverte, il n’y avait plus de place pour les silences :

– L’avenir c’est toi et moi.
C’est comme ça.
C’est écrit sur notre peau.
C’est écrit dans nos yeux et tant pis si je plagie Francis Cabrel ou tout autre guitariste moustachu romantique.
Je m’en fou des belles phrases, les belles phrases elles sont là quand on a rien à dire et qu’on doit se mettre à réfléchir à comment aligner deux mots pour paraître bien.
Mais j’ai pas besoin de paraître bien avec toi.
J’ai juste à allumer mon cell, me filmer en train de mimer n’importe quelle connerie.
J’ai juste à être.
À être sans me poser de questions.
Je conjugue le présent.
Parce que le passé m’a mené à toi et le futur nous emmènera quelque part.
Mais là, c’est aujourd’hui, nos cicatrices dans la paume de la main qui se touchent.
Mieux qu’un pacte de sang.
Car le sang on peut en perdre.
Mais cette trace indélébile, même si la peau se reforme, reste là.  »

Elle avait failli réussir à en placer une mais son soupir fut interrompu immédiatement :

– Puis oui c’est une coïncidence charmante et hasardeuse.
Heureusement j’avais mon tatouage. Le hasard, les coïncidences,tout ça, bien collé à la racine de mon arbre de vie, là sur l’avant-bras.

Sa voix hésita un instant, puis continua :

– Tout s’emboîte parfaitement.
Prend son sens.
Mais je n’en avais pas besoin, tout ça je l’ai su la seconde où tu as plongé tes mains dans la mienne.
Sans cicatrice, sans tatouage, sans cartes, sans boussole, je serais quand même venue jusqu’à toi.

23 Mai

J’ai le même effet que quand je prends l’avion.
C’est comme si j’allais jamais arriver de l’autre côté, que quelque chose de dramatique allait se passer avant.
Comme si tu n’allais jamais être là.
Comme si je n’allais jamais arriver de l’autre côté.
Mais à chaque fois l’avion se pose après que les mains se soient agrippées au fauteuil, et je pose enfin le pied sur terre.
Alors j’agrippe mes mains au fauteuil, au banc, à mon lit et à toute mon existence.
Je ferme les yeux.
J’attends.
Envers et contre tout le reste du monde.

 

18 Mai

J’aimerais te raconter aujourd’hui, sans en faire exactement de la poésie.
L’amertume d’un jour de pluie sur la peau qui ruisselle.
Tes questions plein les mains, comme une croix sans parcelle.
Tu ne sais pas poser le pilier de ton âme
Dans quel jardin étroit loin loin, si loin du drame.
T’as rêvé d’un sourire qui efface tous les autres.
Quand tu l’as eu en face c’est vrai
T’as cru au gars, à ses putains d’apôtres.
Qu’il y avait justice dans ce monde dégueulasse
Et que ses interstices allaient briser la glace.
T’as pas vraiment choisi de l’aimer pour de vrai
Comme des gamins qui jouent, sans jamais s’arrêter.
T’as bien vu que son corps était partie manquante
Du vide désaccord, qui règne dans l’attente.
T’as eu la tête qui tourne putain c’est stupéfiant
Ce que peut faire l’amour à ton âme d’enfant.
Elles veulent toutes la violence et puis la rébellion
La douceur ne paie pas, tout comme la gentillesse
Elles rêvent d’un premier pas sans toutes ces faiblesses.
T’es pas méchant toi t’es juste un peu trop doux.
Tu sais ce que tu veux et qu’on l’on a pas partout.
Tu veux croire que les films ne sont que prophétie
Ils ont bien cru à une bible.
Pourquoi ne croient-ils pas à ça aussi?
Personne ne délaisse tout pour aller s’éventrer
Dans les bras de faiblesses faites d’authenticité.
T’es trop gentil putain, allez ouvre la gueule
Dis-lui que maintenant tu ne veux plus être seul
Que c’est pyromanie, rêves, évasion du temps
Mais que sans courte échelle, on n’est pas assez grand
Tu veux toucher le ciel au travers de ses mains
Dis-lui que c’est elle, aujourd’hui et demain.
Allez ouvre la gueule, bombe le torse et sois fier
Le paradis n’est pas tous ces putains d’enfers
Gueule et ne t’excuse plus puisque dans ce monde qui hurle
Dès qu’on touche la vertu il y a le vice qui Brûle.
Dis-lui combien tu l’aimes même si c’est bien trop tôt
Dis-lui qu’il faut qu’elle vienne parce que c’est bien trop beau
Les âmes qui se rejoignent comme toutes ces évidences
Qui vous pètent à la gueule, qui crient dans les silences.
Dis-lui que c’est cela que tu viens de trouver
Dis-lui que sans marin, les bateaux restent à quai.
L’encre qui la retient à ce port sans attache
Tu regardes ton bras. Tu sens qu,il se détache
Tu vas à sa rencontre pour enfin ressentir
Ce qui fait tourner le monde et ne jamais grandir.
Allez tracez la route, ne vous retournez pas.
La vie à portée de cœur, la religion, la foi.
Le désir imparfait qui dans sa perfection
Te donne le vertige, l’épine sans le poison.
La musique s’arrête plus et dans ta quête du Graal
T’as pas trouvé la coupe, mais toute une cathédrale.

28 Avr

Fermer les yeux trop fort, traverser les frontières
Tu le sens dans les corps cet avant-goût céleste
C’est sûr que les tranchées sont tracées de pensées
Laboure dans la tête, résonnent sur la peau
Je crois que je m’entête de l’absence de barreau, et que cette liberté écrite dans les livres, n’est que le placebo d’une quête saturée. On regarde nos vies, spectateurs pétrifiés.
Allez putain lance toi dans cette pluie d’existence. Demain est un ailleurs, un écho d’abondance.
Les yeux abasourdis comme une maison close, les murs sont les témoins de tout ce que tu oses.
Cours vers tes ailleurs, ceux qui te font vibrer. Ta vie n’est pas la leur, laisse-toi te submerger. Les émotions vacillent, éructent et ton corps bat. Spectateur tu brilles quand, enfin, tu deviens toi.

 

19 Avr

Partir.
Foutre sa gueule sous la pluie et marcher, marcher. Comme si tu avais tout gagné.
L’eau sur ton visage, c’est la sueur du temps passé, de la terre, de tous les pas que tu fais depuis ta naissance.
Hématomes qui commencent à foutre de camp. Sous les plaies, les veines sont en semence.
Tu marches mieux. La tête haute.
Tu fous en l’air les béquilles avec lesquelles tu marchais depuis 30 ans.
Les violons s’élèvent en même temps que ton premier souffle, celui qui vient du fond de toi même, tu l’attendais depuis longtemps.
Il n’est pas là pour plaire, il est là pour te plaire.
Il n’y a pas de direction mais putain que c’est enivrant.
Prendre l’air.
Ce qu’il y a dans ton cœur, c’est plus la peur c’est de l’adrénaline.
So fuck you à hier et à ses champs de ruine.
J’ai fait le tour complet de mes blessures passées
J’en ai fait du présent la force d’une armée.
Il n’y a plus personne qui me fera du tort
Sans que je sentes en moi toutes mes veines éclore.

15 Avr

La fièvre de nos âmes qui baisent avec le cœur.
L’étreinte subliminale, soupir miraculeux.
J’ai faim de voir les chairs offertes qui se transpirent
À ne plus respirer, entre dans mon empire.
Faire couler les larmes autant que la jouissance
J’ai faim de lendemains qui se gorgent de nuit
D’entendre crier ton corps aux confins de mes mains
Prendre les bouches-putes comme des analphabètes
Leur apprendre à gémir, qu’elles ne soient plus muettes.
Prophétie catéchèse qui écarte les mers
Ta gueule dans mes entailles pour souffler sur les braises
Redis-le moi encore, comme une Montréalaise
Allez vas-y dis-moi, et ne mords pas tes lèvres
Lequel de nous deux aura le plus de fièvre.

22 Mar

Les chemins traversés se referment comme un livre
T’as plus besoin d’alcool pour te sentir revivre
Lève le poing, le cœur, et ne baisse plus la tête.
Le passé est une proie, et toi tu es la bête.

17 Jan

Il suffit d’une brise presqu’imperceptible pour décrocher la feuille de l’arbre.
Il avait suffit d’un regard, d’un geste, d’un soupir, d’une parole pour qu’en elle sente ses larmes ricocher sur son poignet. Ses mains serrées.
Son incompréhension la première fois que c’était arrivé.
Ses yeux gorgées de tristesse pour ce “rien du tout” qu’on lui a gueulé toute sa vie.
Ce” presque rien” comme une presqu’île, qui, dans ses profondeurs recèle des continents d’incompréhensions.
Son âme en entier bégaye à essayer de s’expliquer.
Elle parle une autre langue, ils n’écoutent pas.ou peut-être est-ce elle qui ne sait pas les entendre. Peut-être.
Son propre écho lui fait peur. La silhouette de ses incertitudes. Ils entendent mais ils ne comprennent pas. Ou peut-être est-ce elle qui ne comprend pas.
Peut-être.
Rien pour traduire son regard.
Les barreaux de sa prison sont des éclats de confiance qui creusent la terre aride. Rien à trouver. Pas de réponses.
À terre trop vite alors qu’il y a rien à faire éclore.

Elle s’enterre dans des explications qu’elle ne comprend pas elle même. Pourquoi pleurer pour la magnificence d’un accord, pour un désaccord qui lui saute à la gorge?

Elle n’a pas les réponses.

La promiscuité de sa peine est l’égale de ses éclats de rire.
Sismographe, jamais de platitude dans son existence effrénée.
Ils l’adorent comme il haissent ses mouvements intérieurs.
Ils l’haissent. Ou peut-être est-ce elle qui s’hait.
Peut-être.
Elle ne sait pas. L’incertitude est le cancer des relations humaines.
Elle devrait être saisie par cette ignorance.
Mais le savoir est un christ qu’elle ne lit que dans les livre. Ils en parlent tous, ils savent ce qu’ils veulent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils baisent, ce qu’ils choisissent, ce qu’il promettent.

Peut-être.

Atrophie identitaire, elle quête des bribes de connaissance, mais l’arbre est toujours immobile. Et elle le regarde, démembré de ses feuilles. Elle cherche la floraison, mais l’hiver est une saison qui ne lui laissera rien.
Nous étions en août, et pourtant, dans son coeur on sentait les gerçures, la morsure d’un froid polaire qui ne pourraient jamais la réchauffer,

  • À quoi tu penses?
  • Je ne sais pas.

Ils disaient connais-toi toi même. Ils auraient dû dire connais toi toi, aime.

17 Jan

L’entre deux.

 

Il faudrait essayer d’imaginer le calme chaotique d’un récif d’où vient de partir la foule. Quelque chose entre le paisible et l’amertume.

Il s’était rendu ici, à cet instant où la foule a déserté les lieux, ayant assez foulé le sable, labouré la plage, à la laisser en miette.
La promiscuité laissait place à l’infernal horizon. Un horizon aux abords tranchants. La lumière y découpait les formes laiteuses des cumulus embrigadés dans le ciel.
Il ne pleut pas, ils vont rester ici.
Il ne pleure pas. Il va rester ici.

Toute cette étendue d’eau et rien à verser. Comme le sadisme naturel peut parfois être ironique.
Il voyait les bribes d’existences encore fraîches le long de la rive.
Il les entendrait presqu’encore, les voix de son fort intérieur.
Car le fort n’a rien d’une forteresse.

Les pierres poncées par le va-et-vient de l’océan lui ont poli le coeur assez pour y laisser fendre les courants d’air.
Ils appellent cela la mélancolie. Ils y ont foutu un nom presque trop charnel, onirique, poétique.
Il y entend surtout le fracas d’une vague d’amertume.
Il y voit les sourires lapidés, obligés, polis.

Il y entend le silence contrebalancés par des yeux qui parlent trop, par des coeur qui se serrent comme personne ne peut imaginer.

Il crache à la gueule de l’océan, jalousant le matriarcal possessif. La mer, toujours avec ses eaux. Refusant d’accoucher. Gonflée et fière.

Il était encore tard. De l’heure des fenêtres comblée d’obscurité.
Il était encore là.
Bien sûr qu’on l’attendait, peut-être même qu’on s’inquiétait.

Mais ce n’était jamais assez. Il voulait sentir autour de lui des bras comme des litres d’eau qui s’éloigneraient, mais qui reviendraient toujours.

La marée. Comme la figuration bipolaire du monde. Comme la représentation parfaite des hésitations populaires.
Une forme de “je t’aime moi non plus” à peine anachronique.

Les éléments se lèvent. Il sent l’air se remplir d’air. Quelque chose dans ce qu’il respire.
Des étaux qui se resserrent. Qui avalent le paisible pour le transformer en euphorie incontrôlée. Le souffle qui se distend, qui se contracte, qui exulte.
En un instant, la marée revient dans les jupes de sa mère avec une frénésie extraordinaire. La flotte se répand sur le sable, effaçant les traces d’humanité.
Immobile, c’est le déferlement d’eau, une rafale humide qui s’abat sur le corps, incapable de bouger.
Les voix lui disent de rester là.
Il voit des regards le pénétrer. Il sent le viol collectif d’une armée de visages familiers. Et bouillir l’incapacité de se débattre.
Liquide, perméable, insensé, profondément seul et pourtant habité de tant d’autres voix auxquelles il ne peut pas répondre.
Il se laisse aller aux désirs du large. Il est la pute de ce qu’il admirait il y a un instant.
L’honneur éclate en morceaux, ça gicle, perfore, incise, fend le coeur précaire.

Pourtant.
Pourtant…
Au loin, la lumière semble offrir promesse de rédemption.
Il se souvient qu’il faut tendre l’autre joue pour avoir droit au salut.
Au fond, il ignore si les promesses de l’aube ne sont qu’un livre.

Les promesses ne sont que la promiscuité de la vérité un jour de carnaval.
Le silence, encore, encore,  après le lointain assourdissant.
Il s’est passé quelques minutes depuis que tout le monde est  parti.
Lui, n’a pas bougé.
Il sait que l’orage reviendra, sans savoir quand exactement.
Il sait qu’il revient toujours.
– À quoi tu penses? Tu es bien silencieux.

– À rien.

Car il le sait bien, quand on est entre deux pôles, ils diront toujours qu’on extrapole.