7 Avr

Tu as déjà vu ça toi, ceux qui courent sous la flotte pour aller chercher, reconquérir. Ils frappent à ta porte, le coeur comme du napalm. Leur regard. Leur regard qui te dit qu’ils sont prêts à tout pour ne plus manquer d’air loin de toi.

Ceux qui attendent, des heures planqués dans une voiture pour te regarder passer, mais qui ne diront rien parce qu’ils ont peur. Et qui finalement, une fois que tu auras tourné au coin de cette rue claqueront la porte, la gueule à cette abstinence sémantique.
Ils jouent le tout pour le tout, car tu es tout.
Tu as raison, cela doit être étrange d’être ça pour quelqu’un. Bon, enivrant, assurant, déroutant, bandant, addictif.
Mieux que la coke, des lignes de destin alignées devant toi.
Défoncé à la joie de vivre, aux sentiments, aux «ne t’inquiètes plus».
Ne t’inquiètes plus.
Ne t’inquiètes plus.
La porte s’ouvre sur l’horizon. Entre l’or et la prison.
4 Avr

La cage dorée de cette solitude, le principe infernal selon lequel nous devons être heureux. Manger sain quand ils ne nous sauvent de rien, les saints. J’ai pas tellement la gueule des évangiles, juste un peu la mâchoire fragile.
Je ne souris plus que pour faire semblant que je ne suis pas ailleurs. Je souris pour qu’on me laisse tranquille.

Colombine s’est tirée, haïssant mon corps, mon être et mon identitée. Plus qu’une armée. Moins que rien, de toute évidence, rien de moins.

C’est pas pour le prix de ma gueule abordable de martyr.
C’est pas pour le ras de marré qui ne m’ébranle même plus.

«Éloigne toi du monstre, et ne lui laisse rien. Il t’a ôté la vie tu ne lui dois plus rien.»

La bête comme ses pieds regarde encore par terre, la belle a pris la mer. La balle à pris ma terre. C’est le matriarcal, bien pire qu’un art martial. Mais merde les monstres aussi ça pouvait avoir mal.
J’ai pas la carrure d’une belle fille, j’ai pas de genre, bonne à tous me les faire.
Le familial embryonné tricote en triturant. Je ne fais pas le tri, je m’accote, j’écris en raturant. 

Laisse donc passer le temps, le temps de te le repasser en mémoire. Ressasser. Tu sais. C’est cadenacé. C’est menaçant.

Mais bon, même en mer on prend le large.
Tant qu’à passer pour un connard autant que ce soit en faisant de l’art.

 

3 Avr

Vous avez déjà remarqué comme votre perception change en fonction de votre propre situation émotionnelle?

Les livres, les films, les photos des amis qui défilent dans l’écran. Le bonheur des autres, feint ou non, s’invite jusque dans nos poches. On les envie, on les déteste, on se pense plus heureux qu’ils ne le sont. Cela dépend de la situation dans laquelle nous sommes. Une chose est sûre, quelle que soit la situation : quand je me compare, je me fissure.

On les envie. Parce que nous aussi nous voulons goûter à ce bien-être, cette quiétude. Apaisement. Le mot porte si bien son nom qu’à peine lu ou prononcé il déverse sa douceur d’une manière presque cathartique. Répétez le mot «apaisement», écoutez le son si bien balancé et ces syllabes douces et rassurantes.
On a convoité d’être regardé de la manière dont certains ou certaines sont regardés. On a envié les yeux fermés de cette fille qui semble être tombée dans une marée d’apaisement. Ils sentent bon, même en photographie. Le parfum de l’amour, on le dévore lorsque l’on est confronté à ce que l’on a pas et ce pour quoi on serait prêt à tout sacrifier.

On les déteste avec leur sourire blanc, leur beauté, et la béatitudes qui les enserrent. Ils puent l’assouplissant. On se murmure que cela ne dure pas, que ce ne sont que des images. Après tout, s’ils étaient si heureux que ça, pourquoi ont ils ressenti ce besoin de poster l’image, en quête de l’approbation populaire?

On se pense plus heureux qu’ils ne le sont. Nous, nous vivons l’amour le vrai, nous avons des photos où nous respirons la quiétude.
On ne les regarde presque pas d’ailleurs dans ces moments-là ces photographies, pas plus que l’on remarque les couples qui s’agitent à côté de nous dans la rue, dans le métro ou à la télévision.

27 Mar

Toi la bouche de bistro.
T’as vu comment le ciel est lourd dans cette insignifiance meurtrie. Blessé par les passé, biaisé par le présent. Je les écoute parler. L’incontinence des rivières. Des pierres au Rhin.
J’ai mal à mes étreintes.
Leur poésie trop lapidaire qui cherche la métaphore, filée pour mieux nous enfiler. Moi je l’emmerde cette prose rythmée trop belle, trop sage et un peu trop guindée. Ils ajustent des mots comme des porcelaines. L’harmonie de la salle à manger. L’armée de bibelots qu’on montre à ses voisins. Poésie bourgeoise. Illettrisme ou pire, vice des plus lettrés. Ils nous foutent de l’or sur les mots échancrés. Ils dénaturent le beau par du préfabriqué.
Toi la bouche de bistro. Toi, la gueule du maestro.
Je t’embrasse vilement, je caresse tes cuisses. La prose dans les bars, les rides solitude ont bien plus de charme que toutes leurs interludes.

21 Mar

Tu es sortie de chez toi. Je suis resté dans la voiture, je t’ai regardé passé comme Musset regarde cette femme. Capricieuse Marianne. Prison à 8 points de côtés.
Je te regardais t’enfuir. Me fuir. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas bougé. Ils ont tous dit que cet imbécile était le dernier des connards. Tu as fermé les yeux.
Ce connard fissuré n’a jamais démarré. Ma voiture est restée devant chez toi.
Tu n’es jamais revenue.
J’ai fini ma vie à pieds.
Tu veux que je saute les nuages? J’irai baiser des sabliers.

21 Mar

Les boréales des bars du coin, n’ont des aurores que le parfum.

22 Fév

On se désire
on se déchire
on s’fait du mal
on s’idéale
on se retient
on se retire
on se souvient
on se soupir
on s’imagine
on se dessine
on se devine
on se divine

on se ruisselle
des choses belles
on se promène au bord de seine

on se dit tout
on dit tout bas
pour que l’amour n’entende pas

on se murmure
on se blessure
on s’écorchure
on s’aventure
on dit qu’on n »aimera plus jamais
pis on retombe sur un coeur
sur l’amour sur le bout d’un quai
on se promène au vent mauvais
amour mouillé
dans les métros
pour un sanglot,
un mot de trop
on fait des scènes, des opéras
en pas de danse, en pas de chat
on s’univers, on fait des terres
on se caline on s’orpheline
on se mari, on se finit
on s’infinit

on se méprend, on se méprise
elle est contente, elle est conquise
coule la seine, on se promène
aux amours veines, et on s’invente
on prend des bateaux au matin
qu’on sait qu’on ne prendra jamais
on s’y noie, on s’y croit
on s’aperçoit, on se combat
on s’enchaine, on s’enchante
on se déchaine, on se déchante
on s’enfuit, on se suit
on mots d’amours, pis on maudit
on se consomme, on se consume
on se délaisse, on se promène
on se concède, on se possède
on se fête, on se défaite

on s’entête, on s’ennuie
on se défend, on se détruit
on s’empire, et sans le dire
on se navire, on se chavire
on s’échoue, on se cloue
on se naufrage, on se rivage
on s’emmêle, on se dit qu’on s’aime
qu’est ce que t’es belle aux bords de seine!

amour noyé dans les métros
pour un sanglot, un mot de trop
on fait des scènes, des opéras
en pas de danse, en pas de chat
on s’univers, on fait des terres
on se caline on s’orpheline
on se mari, on se fini
on s’infini

tu partiras, je reviendrai
tu pleureras moi j’en rirai
tu tomberas, sûr, dans les bras
un jour, oui, d’un autre que moi
tu lui diras c’qu’on s’est dit
et puis qu’on s’était rien promis
vouloir larguer, oui les amours
avant de vous larguer tout court !

tu reviendras un jour de pluie
pour trouver mouchoir à tes yeux
car c’est toujours un jour de pluie
que reviennent les amoureux
on se retrouvera au hasard
d’un désespoir d’un quai de gare
nous parlerons de ce qui fait pleurer les hommes !!

tu diras que tu ne m’aimes plus
je te dirai bien entendu
puis tu diras qu’tu m’aimes encore
que tu t’étais trompée de port
nous refermerons nos blessures
nos horizons seront sans murs
et comme deux oiseaux de passage
nous retrouverons le rivage

on se refera quai de seine
on se redira oui qu’on s’aime
on sera comme au premier jour
tu seras mon premier amour noyé
quai des métros
nous les prendrons oui ses bateaux
et tu verras les chrysanthèmes
auront le parfum des je t’aime

mon amour quand tu reviendras
je porterai à bout de bras
le monde à tes doigts j’offrirai
des chansons qui auront ton nom
tes yeux seront plus jamais tristes
et si j’en dois devenir christ
c’est pour que toi, toi mon amour
toi tu sois dieu !!

c’est beau l’amour
quand on est amoureux
c’est beau l’amour
quand tu es dans les yeux
de ceux la qui s’aiment
autant que moi je t’aime
c’est beau l’amour
et moi je t’aime…

22 Fév

J’ai, de toutes évidences, le syndrome de ceux qui en veulent toujours plus.
Peut-être est-ce dû à cet amour du «buffet à volonté» du «Internet illimité».
On nous vend l’idée que tout peut être un puis sans fond.

Je voulais me gaver de battements de coeur, trouver toujours le renouveau quand le quotidien devenait un fardeau l’espace d’une seconde.

Avoir le défaut de la carence constante est un phénomène insatisfaisant. Il n’y a rien de bon à en tirer. On presse le jus d’une orange affamée. L’attente des centres d’appels, tu sais, ceux avec la petite musique stridente, qui n’ont vocation qu’à essayer de te faire abandonner.
Personne n’appelle ce genre de numéros pour le plaisir.

Assis sur ma chaise en salle d’attente, je voyais les autres passer devant moi, avant moi. À force d’attendre la perfection, j’avais immobilisé tout ce que la vie pouvait avoir de bon, de mauvais, de fascinant, de ridicule, d’addictif. J’ai voulu la trier comme on trie ses céréales le matin pour n’avoir que les meilleurs morceaux et j’ai fini par devoir avaler un kilo de corn flakes mou et informes au fond du paquet.

21 Fév

Ferme les yeux. Il suffit de raconter pour s’évader et croire, un instant que tout est encore possible.
Il appuya ses mains sur les siennes afin qu’elle empoigne et triture les flancs boisés aux parfums de marée.

Ce sont les frontières de ce monde que je t’ai promis. Sens le bois qui craque, se durcit, qui prend la flotte plus nous gagnons en vitesse. Détache tes cheveux. Elle s’empare de toi. La frénésie des libertaires. Ce n’est pas un tour du monde, le monde c’est toi.
Écoute les voiles se gonfler. Elle se gorgent de notre ascension. Elles s’emparent de notre évasion.
Ne te retourne pas. Tes doigts caressent mes bras, je me sens bien. Je n’ai pas assez de souffle pour soupirer correctement.
Tu me tue, tu me fais du bien, jamais je n’aurais cru…
– Ne dis pas ça.
Tu n’aimes pas que je me sente si petit. Tu n’as jamais aimé ça. Je suis grand, capitaine, élancé, fort, conquérant, magnifique, désarmant. Même si c’est juste dans ton monde.

Ferme les yeux mon amour. Ce sont nos coeurs qui s’embrassent, nos yeux qui se noient dans le mirage d’un océan éclaté, décuplé. Martyrisant nos doutes, nos erreurs, nos peines.
Plus vite, plus fort. La chair du voilier embrasse la flotte. Ça sent la mer comme les cheveux d’un nouveau né. Tu entends mon rire. J’entends tes sourires.
Attends quelques minutes avant d’ouvrir les yeux. Que ma narration soit, le temps d’une illusion, ta nation.

17 Fév

Alors on a pris la fuite. C’était demain, et c’était sans doutes le plus beau jour de notre vie.
Tu m’as regardé comme si j’étais fou, comme si tu savais enfin que je l’étais assez pour t’arracher au monde qui nous entoure, nous oppresse, nous étrique dans des carcans informes, trop petits, trop exigeants.
Je voulais te voir libre, sentir ton euphorie, ta liberté infranchissable enfin franchie. Délectable et insoumise. 

J’ai roulé très vite, comme pour nous éloigner le plus loin possible de tout ce que nous connaissions.
Tu as commencé par regarder la route. J’ai détourné mon regard et tu fermais les yeux.
Il y avait cette musique qui courait avec nous.
Elle nous invitait à être essoufflés.
Affamés. Assoiffés. Absolus.

Il faisait nuit, je regardais les lampadaires défiler, les autres voitures rentrer à la maison, et toi. Toi qui dormais et qui faisais parti de cet instant, encore plus parce que tu t’y étais assoupie. J’ai pressé l’accélérateur. J’ai senti mon coeur se débattre plus vite.
J’ai souri comme j’ai toujours su que je savais sourire.
Demain je t’ai emmené loin d’ici. Demain je t’ai vu sortir de toi-même. Rire, vibrer, avec passion. Déraciner les chaînes.
Emmerder le monde.
Jouir à la carte.
Jouir à la carte du monde.