15 Juin

Dans tout ce que l’on ne dit pas, il y a ce que je transpire. Ces lendemains imbibés d’erreurs, les aubes que l’on voudrait ne jamais voir mourir.
J’ai mal à me faire baiser dans la paume de ta main.
Les hasards font mal les choses, ou peut-être est-ce moi.
Ton écho m’indiscipline. Des coups de cravache dans les sourires, des coups de ceinture dans les intimités.
Ta main, ses doigts qui s’étendent jusqu’au dedans la peau.
L’apaisement est parti en même temps que nous.
Je voudrais te voir, mais te voir c’est accepter que tu repartes.
Un horizon amputé de nos certitudes, c’est un mur.
J’ai peur du vide mon amour. J’escalade la pierre, les doigts dans la prise.
Crampes de chair qui m’empêchent de tenir.
Tu n’es là que lorsque je m’effondre.
Triste constat, mais si tu m’avais vu en haut du mur.
J’attendais, j’espérais que tu me vois.
T’aurais vu ça, j’étais presqu’un roi.

13 Juin

Non je ne sais pas. Je ne sais pas comment réapprendre à marcher depuis que nous nous sommes littéralement brisées contre l’avenir.
L’avenir, il est bien plus dur que le béton, crois-moi.
Il te regarde de haut, te fait de grands sourires, te fait le chant des sirènes. Des chants pour mieux courir après les rochers. Des chants pour mieux s’aventurer sans faire attention.
Pourquoi faire, c’est écrit dans les livres, et tout le monde s’en fout.
On retourne voir les mêmes récifs, on se fait des triangles des Bermudes comme on avalerait la bouteille entière juste parce que l’on se pense plus fort.
Mais la vérité c’est que je suis paralysée. Je regarde mes membres qui ne savent plus nager, se sauver, se noyer, se lancer, se rétamer, se faire la belle, se faire tout court.
Alors je continue à boire. Et plus je bois plus je sens la fragilité s’émanciper à tout mon corps.
On appelle ça la maladie des eaux de verre.

12 Juin

Tu l’as déjà ressenti toi, cette émotion qui te fait comprendre que tu as les entrailles pare-balles. Que tu renfermes sur toi, à même la peau, comme une greffe de terreur, des murs.
Tu as Berlin dans le sang, sur le corps et partout des armées qui s’évertuent à superposer les pierres.
Ne pas se sentir réunifié. Tu voudrais être capable de respirer sans retenir l’air qui sort de toi. Mais même donner l’oxygène à l’univers est terrifiant. Donner c’est prendre le risque d’affaiblir les murailles.
Tu ne te souviens plus du sentiment d’abandon. Tu ne te souviens plus de ce que ça fait de s’endormir entièrement étendu sur un autre corps. Coaguler sur la tiédeur de sa peau.
Tu attends, quelque part comme tout ceux qui gravaient de leur coeur les pierres d’une Allemagne divisée, la révolution insoumise. La force d’un barrage qui explose.
Les yeux rivés dans le miroir de la salle de bain. N’être même pas capable de se laisser soi-même rentrer au fond de soi.  

Il disait «Demain peut-être.
Dans demain il y a la vie.»

Pour des murailles faire un jour l’amnistie.

31 Mai

Mes pas, pavés d’attention. Essayer d’avancer. Ne pas entendre ce bruit sourd des pieds foulant le sol.
Des pieds dans un vide si grand qu’il s’ancrent dans un vacarme silencieux mais étouffant.

Je sonne creux mais je dois me remplir.
Allez vas-y, donne moi tout ce que tu veux, des cris, des paroles, des mensonges. Laisse-moi avaler et déglutir pour ne plus sentir l’écho maladroit des fins de semaines.
«Restez chez vous, souriez, pensez à ces tonnes de corps que vous allez baiser, dévisager, à qui vous allez porter l’empreinte de votre liberté. Il parait que ça fait bien.
Autant que de vider les bières, les verres et les bouteilles de vin.
Autant que d’instagramer son ivresse, son cul, ses amis, ses faiblesses.»

T’as vu le ciel est lourd dans cette insignifiance meurtrie.
Mon regard et mes peines d’amour comme une rivière dans plusieurs lits.

11 Mai
J’ai commencé à courir, comme happée par un souffle nouveau sans regarder où je mettais les pieds, les mains, le coeur.
Le coeur? Il est là pour faire beau. Il décore le reste de mon corps mais je n’arrive pas à le faire repartir. Comme les aiguilles des montres des défunts qui s’accrochent à la dernière seconde, puis qui s’immobilisent.
Il fixe, par intermittence, le spectacle de mon quotidien. Le spectacle de ces larmes matinales, de ces crises nocturnes, de ce silence le soir, de cette brosse à dents solitaire, errante.

Les brosses à dents , c’est le moyen le plus sûr de te rappeler trois fois par jour que tu es seul.

J’ai gardé la sienne dans le placard de la salle de bain. Pas comme si elle allait revenir, mais parce que je me suis séparée de tout et jeter cette relique serait le denier acte.
Je parle toute seule, aux meubles, au chien.
Je dis bonne nuit mon amour comme si rien n’avait bougé. Je me fais penser à ceux qui se refusent à redécorer la chambre de leur fille disparue il y a 5 ans.
Mais il n’y a pas d’écho dans les chambres des Petites Italies Montréalaises.
Alors je me mets à faire mille travaux, ma brosse à dents dans la gueule, pour éviter l’affront du miroir. Alors je m’endors entourant l’ordinateur de mes bras, me réveillant au contact du métal à trois heures du matin. Tous les matins.
Alors je mets de la musique pour que ne résonnent plus les minutes passées assise sur le champ de bataille.
Comme un mémorial sur lequel on pisserait bien, mais où l’on ne fait que pleurer les fleurs que l’on y mettra jamais.
10 Mai

J’ai crié sur les toits de toute la ville. Une ruée vers l’aurore. Mais mon écho reste silencieux. Si tu savais comme je les hais ces blessures qui blessent d’autres que moi.
Si tu savais comme les gifles que je me donne ne sont pas assez dures pour me réanimer.

Mais de la violence on ne perçoit que la douceur. Une caresse à peine insistante, tu sais comme lorsque l’on caresse trop une partie du corps et que ça en devient douloureux.
C’est de cette violence là dont je te parle.

La violence d’un sourire qui te regarde.

La violence d’un regard qui ferme les yeux, juste avant de t’embrasser.

Mais le vide et sa douceur presque insupportable me regardent et me prennent de haut.
Vu la bassesse des jours de mai, c’était plutôt prévisible.

25 Avr

Tu sais ça prend du temps à devenir soi-même
On respire par le coeur à baiser les étoiles
Ça ouvre un peu les veines, ça ouvre un peu les vannes
D’avoir perdu les quais en plein coeur de l’ automne
Les feuilles dans la gueule déshabillent la ville
La bière n’est pas belle, la vodka n’est pas bonne.
C’est tout un strip poker mais tu as les mains vides.

Son visage distancé au fond d’une Atlantique
Tu ramasses le temps, il n’y a plus de fleurs
Tu penses au goût amer de toute cette Amérique
L’hiver te fout du blanc quand tu rêves en couleurs.

Et les bars du plateau ne changent rien au mépris
Quand la marée descend bribes d’étoiles dans ton lit
Colmater les comètes avec de l’ecstasy.
Finir toute la bouteille, en faire un télescope
Chialer au fond du ciel et s’allumer une clope.

7 Avr

Tu as déjà vu ça toi, ceux qui courent sous la flotte pour aller chercher, reconquérir. Ils frappent à ta porte, le coeur comme du napalm. Leur regard. Leur regard qui te dit qu’ils sont prêts à tout pour ne plus manquer d’air loin de toi.

Ceux qui attendent, des heures planqués dans une voiture pour te regarder passer, mais qui ne diront rien parce qu’ils ont peur. Et qui finalement, une fois que tu auras tourné au coin de cette rue claqueront la porte, la gueule à cette abstinence sémantique.
Ils jouent le tout pour le tout, car tu es tout.
Tu as raison, cela doit être étrange d’être ça pour quelqu’un. Bon, enivrant, assurant, déroutant, bandant, addictif.
Mieux que la coke, des lignes de destin alignées devant toi.
Défoncé à la joie de vivre, aux sentiments, aux «ne t’inquiètes plus».
Ne t’inquiètes plus.
Ne t’inquiètes plus.
La porte s’ouvre sur l’horizon. Entre l’or et la prison.
4 Avr

La cage dorée de cette solitude, le principe infernal selon lequel nous devons être heureux. Manger sain quand ils ne nous sauvent de rien, les saints. J’ai pas tellement la gueule des évangiles, juste un peu la mâchoire fragile.
Je ne souris plus que pour faire semblant que je ne suis pas ailleurs. Je souris pour qu’on me laisse tranquille.

Colombine s’est tirée, haïssant mon corps, mon être et mon identitée. Plus qu’une armée. Moins que rien, de toute évidence, rien de moins.

C’est pas pour le prix de ma gueule abordable de martyr.
C’est pas pour le ras de marré qui ne m’ébranle même plus.

«Éloigne toi du monstre, et ne lui laisse rien. Il t’a ôté la vie tu ne lui dois plus rien.»

La bête comme ses pieds regarde encore par terre, la belle a pris la mer. La balle à pris ma terre. C’est le matriarcal, bien pire qu’un art martial. Mais merde les monstres aussi ça pouvait avoir mal.
J’ai pas la carrure d’une belle fille, j’ai pas de genre, bonne à tous me les faire.
Le familial embryonné tricote en triturant. Je ne fais pas le tri, je m’accote, j’écris en raturant. 

Laisse donc passer le temps, le temps de te le repasser en mémoire. Ressasser. Tu sais. C’est cadenacé. C’est menaçant.

Mais bon, même en mer on prend le large.
Tant qu’à passer pour un connard autant que ce soit en faisant de l’art.

 

3 Avr

Vous avez déjà remarqué comme votre perception change en fonction de votre propre situation émotionnelle?

Les livres, les films, les photos des amis qui défilent dans l’écran. Le bonheur des autres, feint ou non, s’invite jusque dans nos poches. On les envie, on les déteste, on se pense plus heureux qu’ils ne le sont. Cela dépend de la situation dans laquelle nous sommes. Une chose est sûre, quelle que soit la situation : quand je me compare, je me fissure.

On les envie. Parce que nous aussi nous voulons goûter à ce bien-être, cette quiétude. Apaisement. Le mot porte si bien son nom qu’à peine lu ou prononcé il déverse sa douceur d’une manière presque cathartique. Répétez le mot «apaisement», écoutez le son si bien balancé et ces syllabes douces et rassurantes.
On a convoité d’être regardé de la manière dont certains ou certaines sont regardés. On a envié les yeux fermés de cette fille qui semble être tombée dans une marée d’apaisement. Ils sentent bon, même en photographie. Le parfum de l’amour, on le dévore lorsque l’on est confronté à ce que l’on a pas et ce pour quoi on serait prêt à tout sacrifier.

On les déteste avec leur sourire blanc, leur beauté, et la béatitudes qui les enserrent. Ils puent l’assouplissant. On se murmure que cela ne dure pas, que ce ne sont que des images. Après tout, s’ils étaient si heureux que ça, pourquoi ont ils ressenti ce besoin de poster l’image, en quête de l’approbation populaire?

On se pense plus heureux qu’ils ne le sont. Nous, nous vivons l’amour le vrai, nous avons des photos où nous respirons la quiétude.
On ne les regarde presque pas d’ailleurs dans ces moments-là ces photographies, pas plus que l’on remarque les couples qui s’agitent à côté de nous dans la rue, dans le métro ou à la télévision.