31 oct

Comme deux gosses qui découvrent que la terre et ronde et qui, pendant deux secondes vont se demander comment c’est possible que d’autres vivent à l’envers.
Ça a tendance à me laisser coi. Expression ridicule.
Ça a tendance à me faire sourire
Est-ce que tu crois que sourire ça fait quand même gagner de la vie, même si c’est moins que rire ?

31 oct

Je souris tout seul, j’ ai écouté ce matin « dream a little dream of me » et le parc du Mont Royal était tellement vivant sous mes yeux. Pourvu que le bus n’arrive pas avant la voix de Louis Amstrong. Il faut absolument écouter cette chanson à l’aube d’une nuit sans dormir, et marcher. Marcher sans s’en apercevoir. Je suis cent vies. Je suis lui, elle, demain, maintenant, un autre jour, un autre espace-temps.
Je me promets d’aller le voir naître à l’aube la semaine prochaine, ce parc qui ressemble à quand tu m’as regardé pour la dernière fois.

29 oct

- On se tutoie?
– Tu me tues, et toi?
– On peut aussi se vouvoyer
– Je vous vois, et vous?

29 oct

Non je ne rougis pas, j’ai le sang qui circule plus vite. Il veut aller vite alors que moi, je te jure je voudrais prendre mon temps.

29 oct

Quand c’est ta robe qui porte au loin, l’hémisphère sud quand tu t’élances, deux cent degrés dans les artères, je tire sur ma cigarette, mais c’est toi qui me crame.
La fumée qui suit la cadence, s’extirpe du fond de mes poumons.
Réflexion que je me fais à moi même : fumer tue certainement moins vite que ta robe qui s’envole un peu.
Il fait un ciel décoloré, j’aime quand je te regarde, ça ressemble au printemps un soir d’été indien. Putain il fait si chaud dans tes expirations, j’aimerais y boire un verre.
Accoudé à ta robe du soir.
Laisse moi refaire le monde, adossé à tes airs, donner la mer à boire aux idiots qui s’ignorent. On pourrait s’échapper, se barrer loin d’ici. Il pleut sur tes sourires, le pavé qui s’éclaire, t’es belle quand tu t’en fous des heures que l’on dérobe, au temps si imparfait des autres encore en vie.
Athée des religions, à tes mains qui s’expriment. Embrasse moi suspendue entre hier et maintenant, j’aime quand tu prends le temps de consumer mes veines.
Un incendie courageux, mais pas téméraire.

27 oct

Je pourrais la regarder juste pour faire du bien à mes yeux, dilater les pupilles, et lui dire « tu es incroyablement dilatante pour le corps et l’esprit ».
Tu crois que quelqu’un aimerait qu’on lui dise ça?

25 oct

Bonjour Madame, je sais que vous ne me connaissez pas mais je sais aussi que vous aimez écouter les autres, et je crois que c’est exactement ce que je vais faire pendant ces quelques minutes où nous sommes ensemble autour de cette table.
Tout le monde aime parler de lui, je ne sais pas si j’aime spécialement ça mais puisque vous aurez oublié demain, moi ça me va bien.
Je vais avoir trente ans. Je me souviens que trente ans avant ça sonnait dans mes rêves de gosse comme avoir une famille, des enfants, une maison, une vie comme tout ceux qui ont réussi.  Je ne suis pas une femme ratée, j’ai déjà été un garçon manqué, il fallait bien que je réussisse d’autres choses.
J’ai réussi la vie autrement, dans ma tête, dans ma vision des autres, du temps, des théories que je m’invente pour donner une raison à tout ce qui m’entoure. Pourquoi nous n’avons que deux yeux (pour ne pas mourir noyé lorsque nous pleurons toutes les larmes de notre corps), pourquoi personne n’a jamais plus découvert une nouvelle couleur, est-ce que vraiment il n’y en a plus une qui serait nouvelle, surprenante, déstabilisante, colorée.
Vous m’avez compris, j’aime juste me poser des questions comme des quêtes de sens, du ressenti, de l’imaginaire. Flirter (pourquoi il ne s’écrit pas fleurter, c’est plus joli) avec l’inaccessible est mon leitmotiv, une raison de respirer tous les matins.
J’aime regarder les autres, plus que me regarder moi même, non pas que je ne m’aime pas, au contraire j’ai plutôt bonne estime de mon visage et de ce qu’y s’y imbrique en dessous. Je ne m’emmènerais pas dîner au restaurant mais je boirais des bières avec moi même.
L’amour? L’amour est un câble électrique recouvert de Nutella sur lequel on se jette souvent trop vite, mais ouvrir le pot, respirer et le reposer. Je me souviens j’avais fait un défi de ne manger que des pommes pendant trois jours avec mes colocataires l’an dernier. Une sombre histoire de purification du corps. Nous nous réunissions avec l’une deux, autour du pot, et se nourrir du parfum était déjà comme l’avaler.
Tout ça pour dire que le parfum de l’amour est déjà souvent suffisamment entêtant pour ne pas aller y foutre les doigts à tout prix.
Aucune analogie avec ce que vous pensez en me regardant. Parce que moi au contraire je vais me pendre au câble, le déshabiller sans même manger ce qu’il y a dessus. J’aime l’essence du parfum. Celle qui te fous le feu en moins de deux. L’amour pyromane.
Pardon je vous ai tutoyé.
La pyromanie des sentiments. Quitte à vivre, autant flamber tout ce qu’il y a de vivant en nous à s’en dégorger le cœur. Demain on verra, demain je pourrais tout aussi bien y rester. Restez encore un peu!
J’ai toujours aimé les confrontations à même la peau, celles qui ne vous laissent pas le choix, pas le temps. La gifle de la spontanéité. Qui te fait remonter le coeur jusque dans la gorge et qui t’empêche de penser, qui te gèle la face, qui te fait arriver à cet état que d’autres essaient en vain d’atteindre avec leur yoga et leurs tapis.
Il faut que ça vive, que ça survive, que ça te fasse un silence plus grand que celui de Brocéliande en pleine hiver. L’expression corporelle abrupte, encore incandescente d’avoir effleurée le câble électrique, survoltée, statique, VIVANTE.
Je voudrais courir, marcher, exister, boire le verre à moitié plein et me faire l’autre à moitié dans le vide, distancer, essayer, fermer les yeux, inspirer, propulser, j’aime bien ce mot propulser il ressemble à l’infini qui s’élance, l’arbitraire, le corrompu, la transpiration des corps imparfaits, exigus, exigeants, existants, faire l’amour, refaire le monde, faire la vie, faire le parachute en lisant l’existentialisme à haute voix, me faire le parc Lafontaine en moonwalk, jeter un dollars dans le lac, faire dix vœux, arnaquer dieu, rire de tout, pleurer de rien, écrire, tatouer, jouir sur la glace, jouer de la guitare sous un arbre quand il pleut et chanter. Chanter vrai, chanter faux, hurler les paroles de stairway to heaven et réussir à jouer ces putains d’accords en même temps sans que ça ne se décale, je voudrais marcher toute une nuit pour aller ailleurs, commander un whisky on the rocks avec l’accent, le boire dans un café minable comme dans les films, rire, sourire, surrire et par dessus tout, vous écrire.
« Pardon? »
Bonjour Madame, on ne se connait pas, et si vous avez un peu de temps, j’aimerais vous parler , je sais que vous ne me connaissez pas mais je sais aussi que vous aimez écouter les autres, et je crois que c’est exactement ce que je vais faire pendant ces quelques minutes où nous sommes ensemble autour de cette table.

24 oct

Les veines aux yeux qui se gorgent de vide, d’un rouge dramatique. J’ai mal à l’intérieur de moi comme je ne l’ai jamais ressenti.  J’ai l’impression d’aller bien, de rire et puis je sens, ça empeste le deuil mal consommé, avorté, mort-né.
J’ai mal en moi, au plexus solaire comme ils disent, mon plexus solitaire voudrait rejeter ce que je lui donne. Mais je ne lui donne rien.
Alors je dégueule de l’invisible, de l’absence, des silences.
Des larmes qui viennent de l’intérieur.

24 oct

Quand elle m’envisage dans son regard, comment je le sens, cette fraction de seconde qui me colle au mur.
Faudrait que tu vois ça.

21 oct

J’aimerais vraiment, te raconter, ce matin quand j’ai ouvert les yeux sur le ciel qui m’appuyait sur le cœur, cathédrale dans la poitrine, qui s’émancipe et prend la place du cœur tendre, sensible et malheureux.
Quand je suis partie. T’as vu j’ai mis un « e » dans mon texte.
Et que j’ai marché sur les trottoirs encore endormis, glacés, piétinés d’existence lourde et insouciante. Mon pas qui s’enferme dans le bus. Rejoindre la même place, celle qui me donne vue sur la ville, les gens, la pluie. La musique, volumineuse qui me chante « sans toi tous les levers du jour ne se relèvent pas ».
Les visages familiers du bus de 6h54, que je me demande s’ils se souviennent de moi, la fille collée à la vitre pour violer l’horizon.
L’attente inutile. La colonie de mouette qui me rappelle Brest et Plouarzel. Leur tirer un portait pour donner un sens à ce temps d’attente car, tu le sais, je déteste perdre mon temps.
L’écran, les mots qui défilent. Je me fais 30082 fois l’alphabet sous mes yeux. Combien de fois ça peut écrire ton prénom.
Rire, sourire. Retrouver la pluie et attendre l’hiver. Je me demande si tu connaissais un peu Montréal.
Vouloir de la neige pour avoir le meilleur prétexte de rester un gosse, se laisser tomber par terre.
Il neige demain.
Alors je vais attendre. Essayer d’avoir 10 ans, demain.
Mon trottoir couvert d’innocence.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.